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AUX ELEVES DE L'ECOLE SPECIALE MILITAIRE DE SAINT CYR

Aux élèves de l’Ecole militaire de SAINT CYR par le Général Joachim AMBERT (introduction du tome IV des Récits Militaires)

« L’un de vos anciens vous offre ce livre qui vous appartient, inspiré qu’il est par le patriotisme. Nous aurions voulu que notre main eût pu tracer le mot « patrie » à chaque ligne. Mais si vos yeux le rencontrent moins souvent que je ne voudrais, vos cœurs le devineront partout, car notre Ecole de SAINT CYR est le berceau du patriotisme. Depuis l’année 1820 les générations de saint-cyriens se sont succédé, toutes animées d’un ardent amour pour la patrie française. Les anciens ont porté le drapeau en ESPAGNE, puis en AFRIQUE et en BELGIQUE ; d’autres sont venus pour la CHINE, le MEXIQUE, la CRIMEE, l’ITALIE. Enfin le vétéran ayant dépassé le terme du service a repris son épée pour la guerre allemande où il a versé son sang, tandis que son jeune fils admis la veille à l’Ecole tombait glorieusement sur le champ de bataille. Il y a donc plus d’un demi-siècle que vos aînés entraient dans la carrière illustrée par tant de dévouements. Une véritable famille s’est fondée, et nous retrouvons depuis longtemps déjà les mêmes noms reparaissant à notre Ecole. C’est la race des serviteurs de la France qui se perpétue au milieu des guerres et des épreuves les plus cruelles. Entourée des écoles célèbres où s’enseignent les sciences, les arts, l’éloquence et les lois, notre maison de SAINT-CYR n’est pas la moins brillante. Elle a donné à la patrie non seulement des maréchaux de FRANCE, mais d’habiles administrateurs, des diplomates aimés aux cours étrangères, des orateurs et des ministres. Les corps politiques ont été heureux et fiers de puiser dans nos rangs l’esprit sage et discipliné qui s’apprend mieux sous l’étendard que partout ailleurs. Mais notre gloire véritable, notre meilleure part est de donner à la patrie le modeste serviteur du devoir, le serviteur des mauvais jours, victime souvent obscure et sans cesse fidèle à l’honneur. Deux mots semblent nous appartenir : « grandeur et servitude ». Nos concitoyens nous accordent généreusement la grandeur, éblouis qu’ils sont par les victoires longtemps fidèles à l’Armée française. Mais ne vous y trompez pas et sachez que dans notre carrière le devoir est entouré de sévérités, et que sous une joyeuse apparence sont sans cesse renouvelées. Armez-vous donc de courage, non pour la guerre, non pour la bataille qui seront vos jours de fête, mais pour la paix et ses travaux. Comme le savant vous aurez les veilles sur les livres, comme le magistrat vous aurez à rendre la justice, comme le prêtre vous aurez charge d’âmes. Dès lors, les lois militaires, moins indulgentes que celles de la cité, pèseront sur votre vie, et vous devrez être fiers de l’obéissance passive qui vous délivrera des mille passions mesquines enfantées par la faiblesse et la vanité. Au temps passé le jeune aspirant à la chevalerie était soumis à la « veillée des armes ». Pendant une longue nuit, à l’ombre de l’autel, il prononçait en quelque sorte des vœux, en présence, non des hommes, mais de DIEU et de sa conscience. Le monde moderne ne connaît plus la « veillée des armes ». Mais avant de franchir la porte de l’Ecole pour entrer dans l’Armée, le jeune officier de demain doit faire sa veillée des armes. Le lieu est propice. Sous ces toits qui ont abrité vos aînés dont un grande nombre est mort pour la FRANCE, le souffle patriotique règne éternellement. Combien l’ont respiré comme vous dans la jeunesse en songeant à l’avenir, qui, vieillards mutilés par la guerre, se souviennent fièrement de cette veillée des armes qui les a rendus forts pour les rudes étapes du métier ! Les grandeurs ne les ont pas énivrés et la servitude leur a semblé douce. Ainsi donc, mes amis, avant de franchir le seuil de l’Ecole pour vous élancer dans la mêlée, jetez un long regard en avant, et, comme le futur chevalier de l’ancien temps à sa veillée des armes, jurez de soutenir l’ »l’honneur de l’épée « . Ces trois mots bien compris feront de vous des hommes braves et de braves hommes. Tout ce que DIEU a mis en vous de force et d’intelligence vous le sacrifierez à la patrie ; vous aimerez la FRANCE par-dessus tout, et pour elle vous serez prêts à donner votre vie. Des qualités, des vertus, des devoirs de l’officier, je n’ai point à vous entretenir, ne doutant pas que vous ne soyez armés de pied en cap pour être tout d’abord de bons officiers de troupe. Le difficile ne sera pas de faire votre devoir, l’honneur vous y oblige ; mais, peut-être, ne sera-t-il pas toujours facile à connaître, ce devoir. Cherchez-le consciencieusement, religieusement, et dites-vous : « Fait ce que dois, advienne que pourra ! ». Il n’est pas impossible que l’accomplissement du devoir devienne la cause d’une infortune ; n’en soyez pas ébranlés, la justice est parfois lente à arriver ; et ne vint-elle pas, demeurez fermes. Je vous donne l’assurance formelle que l’officier qui a été fidèle à l’honneur en accomplissant son devoir même le plus humble, acquiert une puissance qui le fait respecter de tous. Une paix inaltérable envahit dès lors son âme tandis que son esprit s’élève à une hauteur que ne peuvent atteindre les injustices humaines. L’accomplissement du devoir est un effet du caractère bien plus que de l’intelligence ou du savoir. Tel homme dans une sphère presque obscure aura un grand et beau caractère, tandis qu’un orateur des tribunes politiques, un industriel éminent, et même un ministre, sans compter les autres, cèderont au moindre souffle contraire. Veillez donc sur votre caractère au temps de la jeunesse pendant que le cœur n’a pas été flétri, que le sang est riche, et que les calculs de l’ambition aveugle n’ont point troublé votre raison et abaissé votre conscience. Le caractère est tour à tour glaive et cuirasse ; il tient l’adversaire à distance, et protège contre les blessures. Plus peut-être qu’aux carrières civiles, le caractère est utile dans l’Armée. Ne sommes-nous pas un jour enclume, et le lendemain marteau ? N’avez-vous pas entendu dire que lorsque vos aînés marchaient, drapeaux déployés, au-devant des Allemands en 1870, ils étaient salués avec enthousiasme par les cris : « Capitulards ! ». Pour résister à ces folles ovations suivies de grossière ingratitude, rien n’aurait suffi sinon le caractère. Croyez peu aux flatteries dont le monde est prodigue envers l’Armée aux heures de la peur, et ne vous laissez pas troubler par les calomnies lorsque le danger s’est éloigné. Je vous le dis, en vérité, c’est en vous-mêmes qu’il faut chercher la récompense de vos services. Les temps de calme ne sont pas revenus et vous serez sages de prendre la vie au sérieux et de vous tenir prêts pour les épreuves, quelles qu’elles soient. Ces paroles que vous adresse l’un de vos anciens pourraient éveiller en vous des pensées douloureuses ; n’insistons donc pas sur la « servitude » et venons à la « grandeur « … Ce n’est pas le monde civil et encore moins les révolutions qui ont rapproché les uns des autres les classes diverses de la nation, mais l’Armée. Dans l’armée seulement règnent l’égalité possible, l’amour du supérieur pour l’inférieur, le respect et l’attachement de l’inférieur pour le supérieur. La seule différence entre eux vient du travail, de l’instruction, de la conduite, des services rendus au pays, et non de la naissance ou des richesses. C’est en vain que vous chercheriez hors de l’armée une carrière où l’homme s’élève échelons par échelons, lentement, en comptant les années, comme dans notre vie de soldat. Partout ailleurs on franchit d’un bond tous les degrés : tel homme administre un département, qui la veille n’exerçait aucune fonction ; tandis que tel autre, simple avocat, est improvisé premier président, sous-secrétaire d’Etat, ou ministre. Soyez donc fiers de ce que vous seriez tentés de prendre pour des entraves, et, quoi qu’il arrive, n’oubliez pas que vous exercez la noble profession des armes. Aujourd’hui vous êtes jeunes et vos compagnons sont joyeux. L’âge viendra, amenant avec lui les fortunes diverses. Parmi vous, les uns seront appelés aux plus hautes destinées, tandis que d’autres s’abriteront dans les rangs modestes du régiment. Je dirai aux premiers : Ne vous laissez pas trop éblouir par les succès et n’oubliez jamais vos camarades moins heureux que vous ne l’êtes. Souvent, parmi eux, vous rencontrerez, en y regardant de près, de grands mérites oubliés ou des victimes de l’injustice. Que de beaux caractères, que de nobles intelligences, que de bons et braves serviteurs sortis depuis de longues années de notre Ecole de SAINT-CYR n’avons-nous pas vus, dans les rangs inférieurs des armées, atteindre l’heure de la retraite ! A ceux-ci nous dirons : Courage, amis ; la voix de la conscience est sans éclat, mais elle est pure et vraie comme tout ce qui vient du Ciel… En lisant ces lignes, le jeune élève de SAINT-CYR doit méditer, et comprendre la grandeur de sa mission. Qu’il jette un regard en arrière et suive pas à pas l’invasion allemande ; qu’il entende les cris des paysans assassinés dans leurs sillons ; que ses yeux voient les incendies des chaumières et des chateaux ; qu’il sente le sang du peuple couler sous les coups du Germain, et que, l’âme déchirée, le cœur en révolte, il ne prononce même pas le mot « revanche » mais qu’il y pense sans cesse. Tout à la sainte patrie, le saint-cyrien doit se plonger dans l’étude pour être là au jour de la justice. Qu’il prépare l’ordre, car peut-être, sous son modeste habit et dans son obscurité, est-il le génie qui, avec l’aide de DIEU, ramènera la victoire sous nos drapeaux.

Général AMBERT

Paris, le 5 Octobre 1885