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CINQ EPEES

« CINQ EPEES » du Général Joachim AMBERT : notamment le Maréchal BESSIERES (1768-1813) et le Général LEE (1807-1870), ouvrage de 214 pages (1882)


« Parmi les maréchaux du Premier Empire, quelques-uns se sont fait connaître par des Mémoires publiés depuis la paix de 1815, SUCHET, SOULT, BELLUNE, MASSENA, GOUVION-SAINT-CYR et d’autres encore occupent de grandes places dans notre littérature militaire. Moins heureux que les capitaines morts en pleine paix, ceux qui sont tombés sur les champs de bataille, tels que MONTEBELLO, DUROC, BESSIERES sont presque oubliés. Souvent même les historiens, que rien ne guide, ne rendent pas justice aux victimes de la guerre. L’oubli qui depuis un demi-siècle, se fait autour des noms illustres, rend difficile la mission de l’écrivain. Il faut étudier les correspondances du temps, revoir les plans de campagne, retrouver les récits des contemporains, et ce qui est le plus nécessaire, contrôler les opinions toutes modernes, exprimées par des historiens qui font autorité. BESSIERES a été le plus méconnu de tous les maréchaux, non pendant sa vie, mais depuis sa mort. L’ « Histoire du Consulat et de l’Empire » n’a pas peu contribué à égarer l’opinion sur cet homme de bien. L’auteur ignorait-il les mérites du Duc d’ISTRIE ? Pour donner la mesure des services du Maréchal BESSIERES et pour faire connaître son noble caractère, nous aurons le regret de dire, preuves en main, que les jugements de M. THIERS sont empreints d’une regrettable légèreté.sur Cette étude que nous publions sur le Maréchal BESSIERES est la première qui ait été écrite. Nous avons réuni non sans peine de nombreux documents inédits et puisés aux sources officielles. Jean-Baptiste BESSIERES était né à PRAYSSAC (Lot) le 6 aout 1768… BESSIERES, désigné par le département du LOT, en 1792, pour faire partie de la Garde Constitutionnelle, partit à cheval de CAHORS, en compagnie de deux compatriotes, MURAT et AMBERT : des trois, l’un devint Roi, un autre Maréchal. Les trois noms sont inscrits sur l’ARC de TRIOMPHE de l’ETOILE, monuments de nos gloires militaires… Lorsque la mort du Maréchal BESSIERES fut connue en ESPAGNE, les villes et les villages des provinces du NORD, firent célébrer des services funèbres en son honneur. Cet hommage rendu au général français, qui s’était montré juste et humain, est peut-être le plus bel éloge du Duc d’ISTRIE. Ses fonctions, pour ainsi dire spéciales, ne lui permirent pas de prendre souvent le commandement des grandes armées, et de déployer tous ses talents de capitaine ; mais on ne saurait lui reprocher une faute. La mort le surpris précisément à l’heure où l’Empereur lui confiait ce commandement important qui allait mettre en relief sa valeur. Quoiqu’il en soit, le Duc d’ISTRIE porta très haut le bâton de Maréchal de FRANCE. Il n’en est pas un seul, parmi ses glorieux compagnons, dont la vie militaire ait eu cette suite constante de belles actions sans mélange de revers ou de défaillances. Ce qui distingue surtout le Duc d’ISTRIE, c’est la beauté de son caractère. On peut dire de lui qu’il fut vertueux à une époque où la véritable vertu se voyait rarement. Nous devons ajouter que le Maréchal se montra religieux en un temps d’indifférence. Il fut, dans ces grandes armées conquérantes, désintéressé comme un sage. On rendait justice à sa probité ombrageuse, à sa dignité chevaleresque, à sa franchise douce et persuasive. Le Duc d’ISTRIE ne ressemblait pas à ses compagnons, tant il y avait en lui du gentilhomme ; il en avait les traits, la physionomie, et jusqu’au langage courtois, poli, élevé, spirituel et parfois hautain avec ceux qui le froissaient. Très autoritaire, ami de la hiérarchie, nullement courtisan, il faisait respecter le pouvoir et ne souffrait jamais qu’il fût discuté. Tout était noble en lui, jusqu’au regard, jusqu’au sourire… Jamais mauvaise pensée n’entra dans son âme, jamais son cœur ne faiblit, et jamais sa conscience ne fut souillée d’un mensonge. Comment s’expliquer le silence qui s’est fait autour de cet homme de bien ? … La modestie de BESSIERES, son désintéressement, sa discrétion avaient éloigné de lui les ambitions secondaires, qui forment les clientèles bruyantes. Placé au-dessus des intrigues, indifférent aux louanges intéressées, le Duc d’ISTRIE, peu répandu dans le monde, cherchait l’obscurité… Soulever le voile qui dérobe aux regards la belle figure de BESSIERES, nous a semblé utile à l’heure présente. Les caractères énergiques sont rares ; les vertus militaires s’affaiblissent au contact de la politique, et les capitulations de conscience attristent les honnêtes gens… D’une excessive bravoure sur les champs de bataille, BESSIERES était d’une humanité rare dans les armées. Lorsqu’il vint en ESPAGNE il se fixa à VALLADOLID. Le Maréchal fit sortir de prison ceux que des mesures arbitraires y retenaient ; il fit restituer aux familles tous les biens confisqués, et rendit aux églises l’argenterie et les tableaux enlevés aux couvents. Pendant l’incendie de MOSCOU, le palais occupé par le Maréchal BESSIERES devint un lieu d’asile pour les habitants qui mouraient de faim. Un soir, au moment de se mettre à table, le Duc d’ISTRIE vit sa demeure envahie par les pauvres, les vieillards infirmes et les petits enfants. Les femmes du peuple s’agenouillaient devant lui les larmes aux yeux. Le nombreux état-major du Maréchal l’entourait, et quelques officiers cherchaient à éloigner tous ces malheureux ; le Duc d’ISTRIE se retourna vers cet état-major et dit simplement : « Messieurs, allons ailleurs chercher à dîner ». Puis il ajouta bien bas dans l’oreille de son aide de camp de confiance, M. de BAUDUS : « Faites asseoir à notre table ces pauvres gens ; qu’on leur donne toutes nos provisions, et ne les quittez pas « … Les contemporains sont unanimes pour proclamer la beauté et la vertu de l’épouse du Maréchal BESSIERES, la bravoure et la probité du mari. Il y a peu d’années encore, nous entendions les vieillards, anciens soldats de l’Armée d’ESPAGNE, raconter ces deux traits du Maréchal BESSIERES : « Le lendemain de la reddition de MADRID, le Duc d’ISTRIE fit porter au Trésor cent deux sacs renfermant plus de 500 000 Francs, trouvés dans une caisse publique, et qu’il lui était facile de conserver ». « Arrivant un jour dans un village qu’une contribution venait de ruiner, il vit les habitants en larme solliciter sa protection. Ne pouvant faire plus, le Maréchal dit à son aide de camp : « Ouvrez ma caisse particulière. Et donnez tout ce que j’ai à ces malheureux… - Mais, Monsieur le Maréchal…- Vous ne voyez donc pas leurs souffrances ? s’écria BESSIERES… Peut-être n’avons-nous pas suffisamment insisté sur l’une des qualités du maréchal BESSIERES, qualité rare dans les Cours et les états-majors : il savait dire la vérité. Nous pourrions citer quelques exemples de sa franchise. Plus d’une fois l’Empereur s’irrita contre le Maréchal, allant même jusqu’aux reproches d’ingratitudes et aux menaces. Convaincu qu’il rendait service à la FRANCE et à NAPOLEON, BESSIERES ne se découragea pas. Il parlait avec calme, convenance et mesure, mais ne cachait rien car il était l’interprète de la pensée publique. L’Empereur ne tardait pas à lui rendre justice. NAPOLEON portait à BESSIERES une vive affection et plaçait en lui sa confiance. Le 8 Juillet 1805, revenant de MILAN, où il s’était fait sacrer Roi d’Italie, l’Empereur traversait le MONT CENIS, appuyé sur le bras de BESSIERES ; il marchait à pied ; parvenu au sommet de la montagne, NAPOLEON s’arrêta, et embrassant d’un vaste regard les terres lointaines, il dit d’une voix lente : « BESSIERES, vous trouvez cela beau, Empereur des Français et Roi d’ITALIE ! – Sire, répondit le Maréchal, il faudrait être difficile pour penser autrement – Eh bien, reprit NAPOLEON, je ne me fais d’illusion ; je ne suis que l’instrument de la Providence ; aussi longtemps qu’elle aura besoin de moi, elle me conservera ; quand je ne lui serai plus utile, elle me brisera comme un verre »… La mort du Maréchal BESSIERES offre des particularités qui méritent d’attirer l’attention. Chacun de nous a cherché à sonder l’impénétrable mystère des pressentiments. L’homme est-il quelquefois averti de sa fin prochaine ? Les uns le croient, le plus grand nombre nient. Cependant on cite des exemples à l’appui des pressentiments, et parmi ces exemples celui du Maréchal BESSIERES est remarquable. Il faisait la guerre depuis longtemps et ne comptait plus ses batailles. Il voyait la mort de près chaque jour pendant une campagne et jamais son regard ne s’était fixé sur elle. Loin de là, il avait coutume de dire à ses officiers, au milieu des balles et des boulets : « Gare à vous, Messieurs, car, pour moi, il ne m’arrivera rien « . L’aide de camp du Maréchal, M. de BAUDUS, homme d’honneur par excellence, a rapporté les moindres circonstances de la dernière journée du Duc d’ISTRIE. Le quartier général impérial avait passé la nuit du 30 Août 1813 à WESSENFELS. Comme chef de la cavalerie, BESSIERES ne quittait pas l’état-major. Le lendemain, il déjeunait en tête-à-tête avec BAUDUS , qui fut frappé de sa tristesse. Le regard sombre du Maréchal, sa physionomie pensive, son refus de goûter aux mets, causèrent àS BAUDUS une impression douloureuse, car il aimait le Duc d’ISTRIE comme un père. – « Je n’ai pas faim » disait BESSIERES. – « Mais, Monsieur le Maréchal, reprit l’aide de camp, nos vedettes et celles de l’ennemi sont en présence, et quelque affaire sérieuse est probable ; nous pourrions ne rien prendre de la journée – « Au fait, murmura BESSIERES, si un boulet de canon doit m’enlever ce matin, je ne veux pas qu’il me prenne à jeun ». En se levant de table, le maréchal donna la clef de son portefeuille à BAUDUS, en lui demandant les lettres de sa femme qui y étaientenfermées. Après avoir considéré les lettres pendant quelques instants sans les ouvrir, le maréchal les jeta au feu. Jamais il n’avait détruit la correspondance de sa femme depuis le jour de son mariage ; après chaque campagne, il rapportait à PARIS, pour les réunir aux anciennes, les lettres nouvellement reçues. En passant près de la table où le déjeuner se trouvait encore, M. de BAUDUS renversa les assiettes placées les unes sur les autres ; il se fit un certain bruit qui attira l’attention du maréchal. Il vit la terre jonchée de débris etmurmura quelques paroles inintelligibles. On a su depuis qu’avant de quitter PARIS, le Maréchal avait dit à plusieurs de ses amis qu’il ne reviendrait pas de cette campagne. Lorsque l’Empereur monta à cheval, BESSIERES le suivit ; BAUDUS, qui ne l’avait jamais vu aussi sombre, dit à un camarade : « Si l’on se bat aujourd’hui, le maréchal sera tué « … En remettant sa lorgnette dans sa poche, un boulet de canon atteignit le Duc d’ISTRIE ; la main gauche, qui tenait les rênes, fut fracassée, le corps traversé de part en part et le coude droit brayé. Pas un cri ne s’échappa des lèvres du Maréchal… Le boulet decanon qui frappa le maréchal BESSIERES n’avait pas touché sa montre, qui s’arrêta subitement ; elle n’a jamais été remontée. Lorsque Mme la Duchesse d’ISTRIE rendit à DIEU sa belle âme, le 4 Juin 1840, cette montre aux aiguillesimmobiles reposait sous ses yeux près d’un crucifix. L’Empereur versa des larmes en apprenant la mort de BESSIERES, son compagnon d’armes d’EGYPTE et d’ITALIE. Il écrivit à la Duchesse d’ISTRIE : « Ma cousine, votre mari est mort au champ d’honneur ! La perte que vous faites, vous et vos enfants, est grande sans doute, mais la mienne l’est davantage encore. Le Duc d’ISTRIE est mort de la plus belle mort, et sans souffrir ; il laisse une réputation sans tache ; c’est le plus bel héritage qu’il ait pu léguer à ses enfants … ». Lorsqu’il eut signé cette lettre que lui présentait son secrétaire le baron FAIN, l’Empereur dit : « Vous connaissiez BESSIERES depuis longtemps ? – Oui, Sire. Sa perte sera un deuil pour l’Armée, qui le chérissait – « Il me faut une victoire pour compenser un tel malheur » reprit NAPOLEON – « C’était un sujet dévoué, ajouta M. FAIN – « Dites aussi, Monsieur le Baron, que c’était un honnête homme ; ce mot comprend tous les éloges… ». On peut appliquer à cet homme de bien une maxime de LAROCHEFOUCAULD : « La marque d’un mérite extraordinaire est de voir que ceux qui l’envient le plus sont contraints de le louer »… Combien de fois n’avons-nous pas admiré , dans la salle des Maréchaux, le magnifique tableau qui représentait le Duc d’ISTRIE en uniforme et appuyé sur son bâton de commandement ! Ses traits remarquablement beaux, exprimaient surtout la bonté. L’œil était doux, et sur les lèvres, on croyait deviner un sourire mélancolique. Quelque mâle que fut ce visage, le peintre n’avait pas cherché à mettre dans le regard un rayon de courage. Cette image, œuvre d’un grand artiste, peignait merveilleusement bien la nature particulière de BESSIERES ; on pouvait, devant ce tableau, répéter les paroles de l’Empereur : « C’était un honnête homme ». L’image que nous admirions, n’existe plus ; les gens de la COMMUNE, après l’avoir déchirée, l’ont jetée dans les flammes ».

 

 

 

LE GENERAL LEE : LE GENERAL JOACHIM AMBERT FUT LE SEUL HISTORIEN FRANCAIS A CONSACRER UNE BIOGRAPHIE AU GENERAL LEE.

« Très fier de son pays, convaincu d’une supériorité intellectuelle, littéraire, artistique et militaire, le Français jette un regard distrait sur les événements qui se passent à l’étranger. Il considère la France comme renfermant dans son sein toutes les perfections. Lorsque qu’un Français a assisté à une séance académique, à une représentation théâtrale sur les grandes scènes, lorsqu’à la suite d’une revue il a vu défiler l’Armée, son âme est satisfaite. Il s’admire naivement et de fort bonne foi. Pour lui, PARIS est la seule capitale du monde, et les riches campagnes qui l’entourent sont sans pareilles. Malgré son esprit brillant, les Français ne savent pas comparer. Il est ébloui par les richesses qui frappent sa vue : richesses littéraires, richesses artistiques et richesses mondaines. Ce luxe, cette sorte d’étalage le trompent. Il confond l’étonnement de l’étranger avec l’admiration, et ne voit dans la critique bienveillante qu’un sentiment de jalousie. Satisfait de son esprit et de sa figure, que l’étranger emprunte volontiers, le Français se contente de la part qui lui est faite en ce monde ; alors il est indifférent aux choses qui ne sont pas de son pays. Pourquoi apprendrait-il l’idiome des autres peuples ? La langue française est comprise partout. Pourquoi lirait-il l’Histoire de l’EUROPE et de l’AMERIQUE ? l’Histoire de France renferme toutes les grandeurs. Pourquoi suivrait-il sur les cartes la marche des armées de GUSTAVE-ADOLPHE, de FREDERIC II ou de WASHINGTON ? Les capitaines de LOUIS XIV et de NAPOLEON Ier ont atteint toutes les gloires. Il faut déplorer les erreurs dont la source est pure, et qui cependant ont causé de grands maux … Nous avons vu, depuis 1861 jusqu’en 1865, une grande guerre se dérouler savamment sur le sol des ETATS-UNIS d’AMERIQUE… En ALLEMAGNE comme aux ETATS-UNIS, il y avait à recueillir de précieuses leçons stratégiques et tactiques ; il y avait l’application d’un art nouveau à côté des méthodes admirables, quelques figures à étudier, les unes comme exemples à suivre, les autres comme caractères à flétrir. Mais indifférents que nous ne le sommes, les Prussiens avaient su profiter de la guerre d’AMERIQUE. Ils ont adopté plus d’une méthode inventée, dans le nouveau Monde. Les Américains se sont montrés prodigieusement créateurs dans le cours de cette longue guerre ; entre leurs mains le télégraphe est devenu l’arme stratégique par excellence. Leur système de transports a été remarquable et le rôle qu’ils ont donné à la cavalerie, l’emploi de cette arme a été supérieur à ce qu’avaient osé les SELDLITZ du grand FREDERIC et les MURAT de NAPOLEON Ier… La guerre des ETATS-UNIS a produit des généraux semblables à ceux de notre première Révolution, parce que le concours était ouvert, et que des millions d’hommes appelaient les plus dignes. Nous oserions presque dire que les généraux américains ont eux sur ceux des armées françaises une supériorité, celle de l’instruction militaire. Anciens élèves de l’école de WESPOINT, ils avaient étudié l’organisation des armées et connaissaient la tactique aussi bien que la stratégie. En France, nous sommes trop spécialistes, trop professionnels. Peut-être à force de nous renfermer dans un cercle déterminé nous arrive-t-il de borner notre horizon. Il n’en était pas ainsi dans l’Antiquité, il n’en est pas ainsi aux ETATS-UNIS. De même que le corps dépérit avec une alimentation composée d’un seul élément nutritif, de même l’esprit prend sa force et son volume lorsqu’il ne se nourrit que d’un seul art ou d’une nouvelle science. Alors tout est calculé, prévu, ordonné, exécuté servilement. Autant nous éprouvons de l’admiration pour l’Armée américaine commandée par le Général LEE, autant nous restons froids et sceptiques en présence de l’armée allemande du général de MOLTKE. Celle-ci n’est qu’une vaste machine de destruction, dirigée par un habile mécanicien ; celle-là est une grande réunion d’hommes intelligents, soumis au génie d’un grand capitaine. Notre malheureuse guerre de 1870 ne se serait pas terminée par une catastrophe, si nous avions étudié avec soin la guerre des ETATS-UNIS et la guerre de la PRUSSE à l’AUTRICHE. Mais énivrés par les triomphes de SEBASTOPOL, de MAGENTA et de SOLFERINO, nous nous considérions comme des maitres infaillibles. Le châtiment réservé à nos illusions dépasse toutes les bornes ; cependant il ne faudrait pas croire que notre honneur est resté sur le champ de bataille. Le général LEE a été vaincu, son armée a déposé les armes, mais sa grande âme est restée entière, et son honneur n’a point souffert de la défaite. Comme nous, il a été écrasé par le nombre ; comme nous, il était privé de ressources ; comme nous, il trouvait le cœur de l’ennemi plein de haines et de vengeances ; comme nous, il ne pouvait opposer qu’une vaillante épée aux masses de fer et de bronze dont on l’accablait. Sa défaite fut plus glorieuse que la nôtre. Si nos soldats avaient la bravoure des siens, son adversaire était moins bien préparé. La lutte fut longue, entremêlée de succès et de revers, d’espérances et de désespoirs. Nous aimons à contempler cette belle figure du soldat que les Américains placeront un jour près de l’image de WASHINGTON. Ces portraits sont dignes l’un de l’autre. Les traits ont la même pureté, les couleurs sont aussi éclatantes. Quelque grand qu’il soit par les talents et par le caractère, le Général LEE est à peine connu en FRANCE. Son nom est venu jusqu’à nous au milieu d’un concert d’éloges ; mais de ses talents, de ses services, de son caractère. On sait peu de chose pour deux raisons : la première, c’est qu’il est étranger ; la seconde, qu’il ne fut pas vainqueur. M. Edward LEE CHILDE a publié la vie et les campagnes de l’illustre Virginien. Ecrit par un parent qui avait sous les yeux les documents authentiques, par un Américain connaissant le pays et les hommes dont il parle, ce livre est précieux à tous les titres. Il nous servira de guide principal dans cette étude. Des renseignements particuliers, des publications de la presse périodique, de nombreux discours, l’histoire de la guerre civile, nous seront d’un puissant secours. Ce portrait du Général LEE sera donc d’une parfaite ressemblance… Nous avons l’habitude en FRANCE de nous créer un type de l’étranger ; ce type unique résume pour nous tout un peuple. Les lettrés ne sont pas plus que les ignorants à l’abri de ce préjugé. L’Anglais nous apparaît grave et flegmatique, un peu hautain, froid, mais susceptible d’enthousiasme ; l’Espagnol est, à nos yeux, ardent, batailleur, fanatique, et dominé par les passions les plus contraires ; nous voyons dans l’Allemand un personnage calculateur, tour à tour banquier, soldat cruel et sans gloire, philosophe sceptique, ennemi implacable. Nous sourions à la vue de l’Italien, parce qu’il se croit un descendant de BRUTUS. Nous aimons le Suédois, qui nous apparaît entre GUSTAVE-ADOLPHE et CHARLES XII. Le Russe est un riche et galant seigneur, possesseur de mines inépuisables, boyard puissant dans ses terres, mais esclave à la Cour. L’Autrichien nous est sympathique, comme honnête homme, brave et bon, fidèle à sa parole, généreux et digne. Nous avons aussi notre type américain. Pour nous, le citoyen des ETATS-UNIS est assis derrière un comptoir. Acheter et vendre sont les deux grands actes de sa vie. Nous le voyons aussi au Congrès, libre, vertueux et riche. Sa République moderne est supérieure, dit-on, aux antiques républiques de la GRECE et de ROME… Si les Américains du NORD sont les descendants directs des bourgeois, anglais parlementaires du XVIIème siècle, ceux du SUD viennent en ligne directe des seigneurs d’ELISABETH. Qui a vu les Virginiens a cru retrouver les « cavaliers « de CHARLES Ier et de CHARLES II, et même les Comtes de LEICESTER et d’ESSEX, gentilshommes de la Cour de la Reine fille d’HENRI VIII. Propriétaire à la façon de la féodalité, chasseur, duelliste, généreux jusqu’à la prodigalité, retrouvant en lui des bouffées chevaleresques, l’homme du SUD est en VIRGINIE, le noble anglais ; en LOUISIANE, le chevalier français. Entre l’Américain du SUD et celui du NORD, l’un habitant le rude climat de la NOUVELLE-ORLEANS, l’autre vivant sous le soleil, il y a des différences telles, qu’elles ressemblent à des oppositions. Le tempérament, l’éducation, les instincts, les idées, les habitudes, tout contribue à séparer ces hommes. Celui du NORD est industriel, intéressé, replié sur lui-même ; celui du SUD, agriculteur, hospitalier, franc et loyal. La rivalité était donc dans la nature avant de se rencontrer dans les intérêts. Aux yeux des Français, il n’y a cependant qu’un Américain, comme il n’y a qu’un Anglais, un Russe, un Italien. Ce type convenu est faux presque toujours, car tel Anglais à l’humeur joyeuse de RABELAIS, tel Italien est reconnaissant des services rendus, tel Russe n’est ni prince, ni millionnaire. Ainsi des autres. Nous devons reconnaître qu’il est des traits de mœurs qui semblent particulièrement appartenir à une nation. Aussi, l’Américain, après s’être enrichi dans la République des ETATS-UNIS , vient presque toujours demander à la FRANCE et à PARIS surtout, le repos et les plaisirs… La famille LEE était d’origine anglaise, et remontait au XIIème siècle. Parmi les compagnons de RICHARD CŒUR DE LION, se trouvait en première ligne, Lionel LEE, qui fut, après le siège de SAINT JEAN d’ACRE d’ACRE, créé Comte de LITCHFIELD. Son armure est conservée à la Tour de LONDRES. Les bannières et les armes des LEE sont suspendues dans la chapelle de SAINT-GEORGES à WINDSOR. Sous le règne de CHARLES Ier, sir Henri LEE de DITCHLEY fut envoyé en VIRGINIE, en qualité de secrétaire de la colonie. Il s’y fixa et ses descendants se montrèrent les dignes héritiers des LEE de la vieille ANGLETERRE. Thomas LEE fut gouverneur de la VIRGINIE pour le gouvernement anglais. Dans la guerre de l’Indépendance, Henri LEE, gouverneur de la VIRGINIE et membre du Congrès, prononça, au nom de la patrie, l’oraison funèbre de WASHINGTON. Il mourut en 1818 laissant plusieurs enfants, et parmi eux, Robert Edward LEE, le général dont nous voulons peindre le portrait. Il naquit le 19 janvier 1807, à STRATFORD, Comté de WESTMORELAND, dans le manoir de ses pères, véritable demeure seigneuriale, hospitalière, généreuse et remplie de nobles souvenirs. Sous ce toit, non loin de POTOMAC, dans une sorte de solitude, les LEE conservaient pieusement les portraits et les parchemins des ancêtres. On y parlait de l’ANGLETERRE avec un respect filial, et les enfants grandissaient dans l’amour du bien dans la crainte de DIEU. Lorsque Robert Edward LEE reportait ses regards en arrière, vers les premières années de sa vie, il revoyait son père, le général, vétéran blanchi dans les camps et dans les conseils. Assis dans un vaste salon, le vieux guerrier écrivait les grands événements auxquels il avait assisté. Lorsqu’il déposait la plume pour marcher à l’ombre des arbres séculaires, entouré de ses enfants, il leur parlait d’une voix grave de son ami WASHINGTON et de leurs efforts communs pour la gloire et le bonheur des ETATS-UNIS. Sans le savoir, ces enfants apprenaient à aimer la vérité et la vertu. C’est ainsi que se forment les caractères fermes et élevés ; c’est par cette éducation paternelle que se perpétuent les races viriles ; c’est par de telles leçons que se préparent les hommes appelés au gouvernement des sociétés et au commandement des armées. Le sceptique sourit lorsqu’on parle des hommes providentiels. Il en est cependant. Ce sont les prédestinés, c’est-à-dire les destinées d’avance par l’éducation forte, le travail sérieux, les bonnes leçons et les beaux exemples. Robert Edward LEE était l’homme providentiel de la VIRGINIE. Il était prêt à la sauver, si la main de DIEU ne s’était appesantie sur ce malheureux pays, et si l’épreuve n’avait pas été trop forte pour l’Humanité. .. A l’âge de dix-huit ans Edward LEE entra à l’Ecole militaire de WESTPOINT, dans l’Etat de NEW-YORK. Les études sont très fortes dans cet établissement fondé en 1802. LEE fut un des meilleurs élèves de l’Ecole. Sa conduite parfaite, son travail assidu, ses progrès constants, le mirent en relief. Les habitudes de sa vie ne le firent pas moins remarquer. Il ne buvait que de l’eau, ne faisait jamais usage du tabac, et n’abusait pas de la parole. Il sortit de l’Ecole le second, en 1829, avec le grade de lieutenant du génie… Le SUD ne possédait pas d’armée. Il fallait à la hâte appeler des soldats, fabriquer des canons et des armes, réunir des ressources en minutions, en habillements, en vivres ; fortifier les points faibles, assurer l’administration. En un mot, il fallait organiser. LEE consacra ses jours et ses nuits à ce labeur, qui fut couronné de succès… Son langage était courtois, clair et substantiel. Il n’aimait pas les détails inutiles, les discours prolongés et les discussions oiseuses. Ses ordres ne prêtaient jamais à l’interprétation. Il les donnait pour qu’ils fussent exécutés à la lettre… En tout, le général LEE était sincère ; il ne déguisait ni sa pensée par le discours, ni ses actes par le calcul. Il restait toujours lui… Un peu avant la guerre civile, il écrivait à son fils aîné, G.W. CUSTIS LEE : « Efforcez-vous d’être franc avec tous ; la franchise est fille du courage et de l’honnêteté… Le mot « devoir » est le plus sublime de notre langue ». Lorsque la mauvaise fortune eut accablé le SUD, lorsque tout espoir fut perdu, le général LEE prononça ses paroles : « Les vertus humaines doivent au besoin égaler les calamités humaines ». Paroles sublimes, que chaque Français aurait dû graver sur la porte de sa maison, depuis la guerre de 1870… Reposons-nous près du Général LEE. Sa vie est belle. Il serait difficile de trouver dans l’existence d’un Européen appartenant au monde des exemples d’une telle vertu… Les hommes disparaissent ainsi sous le chaume, dans les châteaux et sur les champs de bataille. Il n’y a de différence entre eux que le bruit de la pierre et l’espace d’eau, pour un moment troublée. Ces hommes qui n’étaient pas égaux sur la Terre sont semblables aux yeux de DIEU. Il est cependant quelques natures supérieures qui ne meurent pas entièrement en quittant la Terre. Elles sont rares. DIEU avait mis en elles des rayons plus purs, des rayons qui tenaient au Ciel. Ils planaient au-dessus des autres hommes, et tout en eux étaient plus pur et plus puissant. Leurs esprits s’élevaient à des hauteurs inconnues, et leurs œuvres excitaient l’admiration. Tel fut le Général LEE. Il est mort pour le monde, en ce sens que son regard s’est éteint et que son cœur a cessé de battre ; mais il vit et vivra au souvenir des Virginiens. Sa place est faite dans l’Histoire, et les passions politiques ne pourront voiler son image. Un jour, ces passions violentes qui ont troublé les ETATS-UNIS se calmeront au Nord et au Midi. Les descendants des soldats de la guerre civile oublieront les rivalités et les haines. La justice reprendra son cours, les colères et les vengeances cesseront, et la miséricorde divine entrera dans les cœurs. Alors le nom de LEE sera l’orgueil de l’AMERIQUE entière. Ce nom s’associera au souvenir de WASHINGTON. Chaque Américain reconnaîtra qu’entre eux ces deux hommes il y a de frappantes analogies et d’intimes ressemblances ».

Le Général Joachim AMBERT avait raison : en juin 1975 à l’initiative d’une campagne menée par les sénateur Harry H. BYRD une résolution posthume adoptée à l’unanimité par les sénateurs et par la quasi-totalité des membres de la Chambre des Représentants restaura Robert Edward LEE dans l’ensemble de ses droits ainsi que sa citoyenneté américaine. Le Président Gérald FORD signa la résolution en août 1975 au cours d’une cérémonie officielle devant le portique de la maison du Général LEE à ARLINGTON en présence d’une douzaine de ses descendants dont Robert E. LEE, son arrière petit-fils. La popularité de LEE dans le Sud des ETATS-UNIS ne s’est jamais démentie et n’a fait que s’accroitre depuis sa mort pour atteindre le Nord. Le char de combat M3 de l’Armée américaine de la seconde guerre mondiale porte son nom. Il y a de nombreuses statues et monuments en l’honneur de Robert LEE et son gisant se trouve à ARLINGTON. Robert Edward LEE fut l’une des personnalités dont le nom fut sélectionné pour être inscrit sur le tout premier HALL OF FAME FORT GREAT AMERICANS dessiné par Stansford WHITE pour le campus de l’Université de NEW-YORK.

 

LE GENERAL LEE
LE GENERAL LEE
LE GENERAL LEE
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