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"GENDARME"

brochure Gendarme
brochure Gendarme

« GENDARME » par Joachim AMBERT (1852) tiré à part, réédité dans « SOLDAT »(1854) par le Colonel Joachim AMBERT, tiré à part (EDITIONS LAVAUZELLE, 1964) préface du capitaine Jean FABRE supplément au N°24 de la revue de la Gendarmerie. Le 9 Juillet 1964 eut lieu à l’Ecole des officiers de la Gendarmerie Nationale de MELUN le baptême de la promotion des officiers élèves « GENERAL AMBERT » 1963-1964). Publication numérisée par la BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE, adoptée par Jacques LONG)

« Passant, va dire à LACEDEMONE que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois » (Léonidas aux Thermopyles)

« Un spirituel voyageur fait observer que nous ne saurions parcourir l’EUROPE sans entendre parler de la FRANCE, de sa gloire et de ses malheurs. Nos grandes guerres ont modifié tant de destinées sur le vieux continent, destinées de rois, de peuples et de simples citoyens, que partout il y a des témoins qui racontent le passage de nos soldats. C’est l’ILIADE de notre temps. Quand un Français passe par les chemins de l’EUROPE, quelque perdus ou détournés qu’ils soient, il s’élève aussitôt, d’un côté ou de l’autre de la route, des voix pour lui chanter quelques vers de ce long poème qu’on écrit dans l’imagination des peuples nos triomphes et nos revers. Souvenirs, récits, légendes populaires, échos des clairons d’AUSTERLITZ et de WAGRAM, que vous êtes beaux ! Mais que vous êtes plus beaux encore, souvenirs, récits, légendes populaires, murmures des chaumières, qui rappelez doucement et sans échos les combats obscurs, L'HEROISME INCONNU DU GENDARME. Lorsqu’un homme de bien passe par les chemins de France, quelque perdus ou détournés qu’il soient, il s’élève aussitôt, d’un côté ou de l’autre de la route, des voix pour lui chanter quelques vers de ce doux poème qu’ont écrit au cœur du peuple les services et la fin tragique du gendarme. Dans le fleuve qui coule rapide au pied de la montagne, un homme entrainé par les flots périssait. Saisis de terreur, les villageois répondaient à ses cris par des cris ; le gendarme s’est précipité dans le torrent et, meurtri par les rocs, le corps brisé, il a sauvé la vie de l’homme. Cette maison noircie par le feu brûlait pendant une nuit obscure ; les flammes, en se tordant, enveloppaient déjà une femme et son enfant. La mère éplorée jetait au ciel sa dernière prière. La foule tremblante poussait de vaines clameurs et, frémissante de peur, commençait à fuir ; le gendarme s’est élancé dans la fournaise et n’a reparu que pour rendre l’enfant à la mère, la mère à l’enfant. Ce grand seigneur si riche, dont le château s’élève à l’horizon, était emporté par de fougueux coursiers vers le précipice d’où jamais nul n’est revenu. Se jetant à la tête des chevaux, le gendarme, trainé, sanglant a sauvé le grand seigneur. Ce pauvre ouvrier qui réchauffe au soleil ses membres endoloris allait être conduit dans la prison, faute d’argent pour payer son abri. La ruine était entrée dans la maison avec la maladie. Le lit du vieux père et le berceau du nouveau-né, exposés sur la place publique, appelaient les acheteurs. Le visage caché dans ses mains, honteuse, dominée par l’invincible pudeur, l’épouse du pauvre embrassait ces restes du ménage, ces reliques de la misère. L’infortunée sanglotait sous le regard impassible de l’ouvrier que torturait la douleur. Pour lui c’était la prison, pour la femme l’hopital, pour le vieux père et l’enfant, le cimetière. Mais le gendarme a fendu la foule égoiste, et d’un regard a tout vu, tout compris. Lui aussi a une famille, et sous ses blanches aiguillettes bat un noble cœur. Il songe à sa femme, à son enfant, et, remettant le sabre au fourreau, il vide sa bourse pour sauver les pauvres gens. IL NE LUI RESTE RIEN QUE LE SOUVENIR D'UNE BONNE ACTION. Un bandit désolait la contrée, portant la torche de l’incendiaire sur les moissons et le fusil de l’assassin sur les passants. Le gendarme est venu, qui, au péril de sa vie, a saisi le criminel et sauvé la contrée. Mais que voyez-vous là-bas, dans la plaine, au carrefour de la forêt ? C’est un cheval arrêté qui hennit et appelle. A ses pieds un cadavre est étendu sanglant. C’est le corps du gendarme. Deux coups dans la poitrine l’ont étendu ainsi. LA LOI LUI DISAIT D'AVANCER, UNE MORT CERTAINE LUI DISAIT D'ARRETER. il n’avait pour témoin que DIEU et sa conscience, il n’a pas balancé ..IL A MARCHE ET IL EST MORT POUR LA LOI. Poètes, peintres, sculpteurs, qui par vos œuvres décernez l’immortalité, qui avez, dites-vous, mission de distribuer la gloire, de conserver pour l’exemple de la postérité les noms et les traits des hommes illustres, n’aurez-vous donc jamais des vers, des tableaux, des monuments, pour les hommes obscurs. Ne récompensez-vous jamais le devoir humble et caché ? Refuserez-vous quelques rayons de gloire à ceux qui vous donnent des torrents de sang ? A vous tous, riches et pauvres, jeunes et vieux, humbles et puissants, le gendarme donne sa vie ; et vous passez à côté de lui, insouciants et distraits, trop heureux, pauvre soldat, si quelque sourire ou quelque quolibet ne te rappelle pas douloureusement combien les foules ignorent la grandeur, la sainteté du sacrifice éternel ! J’ai vu le gendarme secourir le criminel avec le dévouement de la sœur de charité ; je l’ai vu soutenir le condamné comme le prêtre de la dernière heure ; je l’ai vu, après les luttes, soigner les blessures comme le médecin ; je l’ai vu, sous le chaume, calmer les haines comme le confesseur ; je l’ai vu présider aux fêtes du village, comme le patriarche du hameau ; je l’ai vu concilier les différends, comme le juge de paix ; je l’ai vu combattre comme le guerrier ; je l’ai vu souffrir en silence comme le religieux ; je l’ai vu mourir comme le martyr ! Jamais une plainte ne s’est échappée de ses lèvres. Vous dormiez et il veillait ; vous vousréjouissiez dans les fêtes, et lui, debout à l’angle obscur, protégeait votre joie. Il a l’œil sur votre maison, sur votre champ, sur votre or, sur votre repos, lui qui ne possède ni maison, ni champ, ni or, ni repos. Il n’est rien pour vous, et vous êtes tout pour lui. Soyez gens de bien et heureux, vous ignorerez même son existence ; mais les méchants tremblent et les faibles vivent en paix parce qu’il est là, toujours debout.

Quel est donc cet homme ? Quelle passion l’anime ? Quelle intérêt le guide ? Quelle religion le soutient ? Cet homme est simple de cœur, il a l’esprit droit, l’âme honnête ; étranger aux passions, il ne connait que le devoir ; son intérêt est de bien servir ; sa religion est l’honneur. La science seule, le courage seul, la religion seule ne produirait pas un tel homme, et cependant il est là devant nous. La magistrature le dispute à l’armée, l’armée le dispute à la magistrature. D’où vient cet homme ? Il vient du régiment, la meilleure des écoles ; école où s’enseignent les choses bonnes et utiles ; discipline, hiérarchie, autorité, abnégation, dévouement, résignation, courage et mépris de la mort. Supposez, par un effort de votre pensée, qu’un jour, en FRANCE, et pendant vingt quatre heures seulement, les administrations soient toutes fermées ; le pays marche moins bien, mais il marche toujours ; le lendemain, c’est la justice qui est suspendue, le pays marche encore ; d’autres jours, les écoles sont closes, l’industrie est arrêtée, le pays marche encore. Mais supposez que, pendant quelques heures seulement, le gendarme s’endorme, c’en est fait de vos richesses, de vos droits, de vos familles, de vos existences. La société ne marche plus. Le Français aime la gloire.Elle lui apparait dans le lointain des frontières, sous l’uniforme du soldat qui combat l'étranger. l’étranger. Il couronne de lauriers ce soldat poétique, et s’il tombe percé de coups, on lui donne pour linceul le drapeau national ; son nom gravé au temple de la Mémoire est l’orgueil d’une contrée. Mais il est une gloire obscure, ignorée, méconnue et plus pure, s’il est possible, que celle du guerrier, car elle est plus désintéressée ; c’est la gloire du gendarme, qui lui aussi sait mourir dans les flots, dans les flammes, dans les bois, dans les carrefours, pour vous et les vôtres. Quel est celui d’entre vous qui n’a senti son cœur battre d’émotion au récit de l’épisode de CLOSTERCAMP ? Le chevalier d’ASSAS tombe mort en criant : « A moi, AUVERGNE, voilà l’ennemi ! ». Quel est celui d’entre vous qui n’a tressailli d’un juste orgueil au souvenir des nobles paroles du magistrat Achille DE HARLAY au duc de GUISE qui lui demandait un acte de félonie ? Eh bien ! depuis quatre années des centaines de gendarmes ont été des d’ASSAS et des Achille de HARLAY, d’héroiques soldats, de sublimes magistrats. L’antiquité paienne avait ses guerriers, ses magistrats, ses orateurs, ses artistes, ses savants ; mais elle n’avait ni gendarme, ni sœur hospitalière, parce que le christianisme seul a créé le mot « sacrifice ». Le gendarme est l’héritier direct des ordres de chevalerie nés au XIIème siècle. Les chevaliers disaient : « Mourir pour la foi et défendre les faibles ». Le gendarme dit : « Mourir pour la loi et défendre la justice. » Répandus par petits groupes sur la surface du territoire, loin du regard de l’autorité, pauvres, très pauvres, étrangers aux lieux où ils vivent, époux, pères, chefs de famille, on pourrait penser qu’ils vont être entrainés par le courant des masses, oublier la discipline rigoureuse de leur ordre, chercher la fortune, les relations agrèables, oublier peu à peu leur mission si âpre, si sévère, si pénible, si douloureuse quelquefois, si dangereuse toujours. Il n’en est rien. Leurs casernes sont de petits monastères où se conserve pure la religion du devoir. Aussi, dans les troubles civils des années révolutionnaires, quand la désertion partait de si haut, quand les uns pactisaient avec le mal par lâcheté, quand les autres cherchaient leur salut dans la fuite, le gendarme restait à son poste, il y mourait sans reculer d’un pas. Tous ont ainsi fait, depuis les capitales jusqu’aux hameaux, et nul ne sachant ce que faisait la brigade voisine. Certes, on ne saurait méconnaitre, dans cet universel dévouement de la gendarmerie, un esprit particulier qui a produit, dans notre époque sceptique, les miracles que produisaient jadis les ordres religieux. Cet esprit particulier est avant tout « l’esprit militaire », qu’il ne faut pas confondre avec l’esprit guerrier. L’esprit militaire est un écho de l’esprit chevaleresque venu jusqu’à nous à travers les siècles, transmis vaguement par les gens de cœur aux hommes de cœur, écho fugitif, presque éteint quelquefois, mais qui se réveille lorsque la tempête menace d’engloutir la patrie. Ce que dit cet esprit militaire n’est écrit dans aucun livre, gravé sur aucun monument, et cependant il est impérissable. Au milieu de notre civilisation moderne, l’homme le plus digne de respect est le gendarme, parce qu’il est la sentinelle de la loi. Au milieu de notre armée si brave, l’homme le plus courageux est le gendarme, parce que son ennemi est invisible, et qu’il est intrépide dans les ténèbres comme au soleil. Au milieu de notre magistrature si vigilante, l’homme le plus clairvoyant est le gendarme, car il voit tout, quand tout se cache de lui. Au milieu de nos campagnards si vigoureux, l’homme le plus fort est le gendarme, car dans le danger tous l’appellent à leur secours.

Dès que commence une révolution, avant même d’attaquer le palais du souverain, la populace se rue sur la maison du gendarme. La populace comprend instinctivement que là est la colonne qui soutient l’édifice social. On ne déchire pas les cinq codes, on ne met pas le feu au tribunal, on laisse vivre le maire, mais on assassine le gendarme. La digue rompue, le torrent dévastera tout. Pardonnez, hommes simples et qui n’avez pas même le secret de votre grandeur, pardonnez si, pour un instant, j’ai soulevé le voile derrière lequel se cache votre existence plus que modeste. Combien n’en pourrais-je pas nommer parmi vous qui sont des héros et que nul ne connait ici-bas. Je vous ai vus au nord et au midi ; dans les villes et dans les champs ; je vous ai vus le jour et la nuit, aux inondations, aux incendies, aux fêtes, aux révolutions, aux massacres, au tribunal, et TOUJOURS LA LOI VIVANTE BIEN MOINS LA LOI QUI FRAPPE QUE LA LOI QUI PROTEGE. Je ne passe jamais devant vos maisons sans lire au frontispice que vous y avez gravés pour votre vie entière : « Sans peur et sans reproche ».

 

L'ESSOR DE LA GENDARMERIE (MARS 2014)
L'ESSOR DE LA GENDARMERIE (MARS 2014)


ARTICLE DE LA DEPECHE DU MIDI EDITION LOT
ARTICLE DE LA DEPECHE DU MIDI EDITION LOT