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GENS DE GUERRE - PORTRAITS

Gens de guerre portraits par le Général Joachim AMBERT ouvrage paru en 1863 (326 pages)

Le Feld-Maréchal SOUVOROV (1730-1800)

LE FELD-MARECHAL SOUVOROV
LE FELD-MARECHAL SOUVOROV

 

… « SOUVOROV apparut, la dernière année du XVIIIème siècle , à l’horizon de nos frontières comme un chef de Barbares, marchant le fer et la torche à la main. On en fit un personnage fabuleux, un Scythe venu du BORYSTHENE ou du THANAIS. ..Voyons ce qu’était cet homme. Etudions son caractère, examinons sa vie, suivons-le dans les palais, dans les camps et dans l’exil, pénétrons sous sa tente, lisons sa correspondance, et alors seulement nous aurons le droit de le juge, alors seulement nous saurons s’il faut croire avec les uns qu’il était insensé, ou penser avec les autres qu’il fut un grand génie… Le feld-maréchal SOUVOROV est l’une des plus grandes figures de la RUSSIE… NAPOLEON dit dans ses Mémoires : « Le maréchal SOUVOROV avait l’âme d’un grand général, mais il n’en avait pas la tête. Il était doué d’une grande volonté, d’une grande activité et d’une intrépidité à toute épreuve ; mais il n’avait ni le génie, ni la connaissance de l’art de guerre… » Les soldats russes l’avaient surnommé « le général en avant » ; ses réponses, pendant la bataille, étaient toujours : « Perod stoupaye »(en avant, marche)… Mais les succès même ont leurs périls, et SOUVOROV paya d’une cruelle façon le dédain qu’il avait fait des leçons de TURENNE et de FREDERIC II… On n’a pas épargné à SOUVOROV l’accusation d’avarice ; cela devait être. Il donnait peu ou point, et ne dépensait pas autant qu’un simple capitaine. Sa fortune immense augmentait dans une fabuleuse proportion. Mais, quoique le désintéressement s’allie rarement à l’avarice, SOUVOROVétait d’un désintéressement chevaleresque… Le feld-maréchal était donc désintéressé ; cependant il n’éloignait pas de lui les fripons, et, tout en exprimant une haine implacable pour ceux qui dilapidaient le trésor et s’enrichissaient aux dépens du soldat, il les supportait et laissait faire le mal. Quelquefois il disait avec amertume : « Les honnêtes gens sont si rares, qu’il faut s’habituer à s’en passer quand on gouverne les hommes « . Tous ses repas étaient précédés du « bénédicité » et suivis des « grâces ». Le maréchal prononçait lui-même ces prières à haute voix, puis il donnait la bénédiction à ses voisins … les convives répondaient « amen « , et le maréchal ajoutait très sérieusement « Ceux qui ne disent point « amen » n’auront pas d’eau de vie »… le feld-maréchal SOUVOROV professait avec une grande ferveur la religion catholique grecque. Il emportait partout, même en campagne, sa chapelle et ses reliques, assistait dévotement aux offices, priait publiquement soir et matin, et se levait même la nuit pour réciter àdemie-voix des prières de sa composition, prières où la victoire était sans cesse évoquée. La dévotion du maréchal à SAINT-NICOLAS était voisine de lasuperstition et donna lieu à des foules d’anecdotes… Il voulait des réponses nettes et franches à toutes les questions qu’il adressait . A tout officier qui ne répondait pas rondement, il appliquait le mot russe « niesnaiou », qui équivaut à « je ne sais pas ; peut-être bien ; c’est possible ». Ce langage voilé, dicté par l’intérêt, la prudence, la crainte, le désir de plaire, était aux yeux du maréchal une bassesse et une lâcheté ; ceux qui lui parlaient lui semblaient tous manquer de caractère. Or, pour lui, le caractère. Or, pour lui, le caractère était la base de toutes les vertus. La Cour lui sembla peuplée de « niesnaiou », et sa loyauté lui fit apparaitre ce monde de courtisans comme l’ennemi le plus redoutable du Souverain, trompé par le mensonge, égaré par la flatterie. Comme l’amour de SOUVOROV était un culte presque religieux, il crut servir le souverain en attaquant les courtisans… Il épousa, en 1774, à l’âge de quarante-quatre-ans, Barbe ISNOWSNA PROSOROWSKA, fille du général en chef PROSOROWSKI, Prince ITALIKSKI, qui devint général, et une fille qui épousa le général Nicolas ZOUBOFF (en ce moment le nom de SOUVOROV est honorablement porté par le Prince de SOUVOROV, commandant militaire de SAINT-PETERSBOURG ci-devant gouverneur général de LIVONIE, d’ESTONIE et de COURLANDE… Pour SOUVOROV, tout l’art de la guerre consistait en trois points : le tact, qui fait deviner les projets de l’ennemi ; le coup d’œil, qui fait juger le parti à prendre ; la rapidité des marches et des mouvements offensifs, qui surprennent et démoralisent l’adversaire. En paix comme en guerre, le maréchal tenait ses troupes en haleine. Sévère sans dureté, indulgent sans faiblesse, ami de la règle, mais dédaignant les minuties, il ne vivait que pour ses soldats. Veillant à leurs moindres besoins, leur rendant justice, il les considérait comme ses enfants, et tous le chérissaient comme un père. Peu d’hommes ont réuni autant de qualités militaires que SOUVOROV ; on peut presque dire qu’il les possédait toutes à des degrés divers. Le grand FREDERIC disait des soldats russes : « Il est plus facile de les tuer que de les vaincre » . Un autre célèbre capitaine a dit : « Il faut deux coups pour mettre un soldat russe à terre, le premier coup pour le tuer, le second pour le faire tomber ». Ces paroles peignent à merveille le solide instrument de guerre que SOUVOROV avait en main ; il le connaissait, et peut-être trouva-t-il meilleur de l’employer comme il le fit que de chercher à le modifier. L’assouplissement n’aurait-il pas diminué la force de résistance ? … Vieillard septuagénaire, courbé par le malheur, il revint tristement dans la capitale de l’Empire… Peu de mois après, il mourut à PETERSBOURG pendant l’été de 1800 ; le chagrin tua cet homme que la guerre n’avait pu abattre. Le voyageur qui traverse la place CZARITZINE, non loin du Palais SAINT MICHEL,s’arrête entre un obélisque et une statue. L’obélisque rappelle la mémoire duMaréchal ROMANZOFF ; la statue est celle du feld-maréchal SOUVOROV, l’hommeaux soixante-trois batailles. La reconnaissance des souverains a été le chercher dans la tombe. Inhumé sous les voûtes de l’église SAINT-ALEXANDRENEWSKI, sépulture des empereurs et des impératrices depuis PIERRE LE GRAND, le corps de SOUVOROV repose dans cette demeure avec les maitres de toutes les Russies. Il est le seul de leurs sujets qui ait obtenu cet honneur. Malgré les oppositions trop brusques d’ombre et de lumière, le portrait de SOUVOROV noussemble digne d’occuper une belle place dans les galeries militaires Nullementcourtisan, d’une probité à toute épreuve, sans orgueil et sans faste, SOUVOROV a été un bon modèle, en un temps et en des lieu où de tels modèles étaient rares. Il a aimé le soldat de toutes les puissances de son âme ; et, pour ce seul amour nous lui pardonnerions beaucoup ; car cet amour implique l’amour de l’Humanité pure et simple, bonne et forte, noble et dévouée. Il a été courageux, et le courage n’habite que les nobles cœurs ; il a été gai, et la gaieté est compagne des honnêtes consciences ; il a été actif, et l’action fait la vie utile. Mais sa grande vertu fut le patriotisme. Il était fier d’être Russe ; il aimait la RUSSIE avec idolâtrie ; il s’agenouillait devant le drapeau de son pays. Admirons le patriotisme partout : c’est la vertu des armées. »

 

Le Comte de GUIBERT, général et académicien (1743-1790)

« Les ouvrages de M. GUIBERT sont mes compagnons de guerre (WASHINGTON)

« Je mets « Essais de tactique » de M. le Comte de GUIBERT dans le très petit nombre dont je conseille la lecture à un général » (le grand FREDERIC)

« Quelle idée peut-on se former du Comte de GUIBERT ? Le grand FREDERIC a dit qu’il était de taille à arriver à la gloire par tous les chemins, et VOLTAIRE l’a proclamé homme de génie ; mais ses ennemis, très ardents et très nombreux, ont affirmé que M. de GUIBERT ne méritait ni estime ni admiration. Ils ont donné de lui un portrait si affreux, qu’on est tenté de le hair…De ces avis opposés, lequel faut-il croire ? Devons-nous aimer et admirer le Comte de GUIBERT ? Devons-nous le maudire et l’oublier ? C’est la question que nous avons voulu résoudre en cette étude, qui n’est ni un éloge, ni une critique. Ecrivain distingué, membre de l’Académie française, officier général, homme de haute naissance, célèbre par des succès à l’Armée et des succès de salon, M. de GUIBERT est certainement l’une des remarquables figures de la fin du XVIIIème siècle. Il est rare qu’un véritable homme de guerre, un militaire sérieux, voué à l’art et à la science, un officier commandant à des soldats, vienne occuper un fauteuil à l’Académie française. Un homme d’épée est parfois savant, il est rarement littérateur. Pourquoi ? C’est que l’étude qui conduit à la science ne trouve pas le style. La vocation littéraire est un don naturel. On nait pour ainsi dire écrivain, on devient savant. Sentir les idées naitre en soi, trouver sous sa plume l’expression vraie de ces idées, les présenter sous leurs aspects les plus riches, se passionner pour les créations de l’esprit, pour les inspirations de l’âme, pour les élans du cœur, c’est avoir la vocation littéraire. La vocation scientifique a aussi ses enthousiasmes, mais le plus souvent elle les absorbe intérieurement et les domine. GUIBERT eut en même temps la vocation littéraire et la vocation scientifique. Il fut poète et penseur… Lorsqu’il mourut, le 6 mai 1790, GUIBERT avait touché à toutes les gloires, et il regrettait certainement la vie. Que de rêves la mort faisait évanouir ! Les tribunes retentissaient aux accents des orateurs ! ; les armées de l’EUROPE entière marchaient aux combats, entonnant des hymnes poétiques ; les écrivains dictaient des lois à l’univers ! Quelle heure pour mourir, quand on est tout à la fois orateur, général, écrivain et ambitieux !... L’homme d’épée est exclusivement homme d’action ; aussi, en tous temps, les hommes d’épée se sont-ils égarés lorsqu’ils se sont mêlées au monde philosophique, littéraire ou politique ; ils sont peu propres aux querelles, aux ruses, aux habiletés des sociétés autres que la leur. Sensibles à la flatterie, ils se laissent facilement égarer, et sont dupes, même lorsqu’ils croient régner. On se sert d’eux comme d’un instrument. Lorsqu’ils sont usés, ce qui arrive promptement, on les repousse parce qu’ils seraient un embarras… Ne devinez-vous pas maintenant ce qui manquait au comte de GUIBERT ? Certes, ce n’étaient ni l’esprit, ni l’instruction. Sa naissance était presque illustre, et les protecteurs ne lui auraient pas fait défaut ; il possédait au suprême degré la faculté du travail, don si rare en tout temps, et qui est, aux mains de l’homme, un véritable levier ; il était membre de l’Académie française, et sans contredit l’un des bons écrivains de son temps. Héros partout, à la guerre et dans les salons, homme de lettres et homme d’épée, il devait arriver à tout ; mais il lui manquait ce qui fait l’homme complet, les croyances… N’avez-vous jamais, du sommet d’une montagne, assisté au lever du soleil ? Le jour va paraitre, les objets qui vous entourent sont dans l’ombre, mais non dans l’obscurité ; vous les voyez tous avec leurs formes et leurs couleurs, formes indécises il est vrai, couleurs qui se confondent. Votre regard peut s’étendre au loin, mais une teinte uniforme, terne et pâle, enveloppe la terre, les eaux, les forêts, le firmament ; vous ne savez où finit la terre ; vous ne savez où commence le ciel ; de flottantes vapeurs voilent l’horizon, tantôt épaisses, tantôt diaphanes , et jettent en votre âme le malaise du doute. Vous croyez voir, mais vous n’êtes pas certain de voir. Tout à coup, un rayon de soleil illumine le monde, et la nature entière vous apparait dans sa vérité. Les ombres fuient, les objets prennent des formes distinctes, les couleurs brillent, et des lignes tranchées séparent ce qui était confondu. Alors seulement vous voyez. Cette soudaine illumination se produit au moral par le réveil de la foi, comme au physique par le lever du soleil. Le Comte de GUIBERT n’eut jamais ce réveil. Qu’on lise ses ouvrages ; il décrit savamment les modes divers de formation d’armée, il organise des troupes, les administre, les commande, en fait des instruments de tactique ; mais dans le soldat, il ne voit qu’une « machine de guerre », il ne voit pas l’âme, il n’entend pas les battements du cœur, parce qu’il est sans croyances. Une seule fois (Essai général de tactique p.155) il se souvient que CATON, chef des armées romaines en ESPAGNE, veut que ses soldats soient non seulement braves, mais d’honnêtes gens. Moins sceptique, GUIBERT aurait cherché le secret des grandeurs militaires non seulement dans les marches qui préparent la victoire, non seulement dans l’artillerie qui foudroie, mais aussi dans l’âme, dans le cœur, dans l’esprit des armées. Au lieu de cela, GUIBERT se laisse aller à la commode licence de la morale philosophique, il s’abandonne aux séductions de la vie matérielle ou intellectuelle, aux plaisirs, aux ambitions. Il ignore ces vertus modestes, simples, naives de tous les jours et de tous les instants. Il ignore l’abnégation qui modère les désirs et détache des grandeurs ; il ignore la résignation qui repose l’âme agitée et console des disgrâces. Les bruits qui grondent sourdement dans le sein de la société, les secousses qui commencent à l’ébranler ne peuvent même éclairer ce philosophe ! Ces mots vieux comme le monde : Devoir, morale, autorité, religion, n’arrêtent pas sa pensée distraite. Il ne s’était jamais demandé, lui si savant, d’où venaient les réelles grandeurs des LAHIRE et des BAYARD, et la gloire de SAINT LOUIS. Beau par l’intelligence, puissant par l’esprit, heureux par la fortune et la naissance, il ne put atteindre la véritable grandeur. Il lui arriva ce qui arrive à tous ceux « qui, ayant rompu avec la loi divine, ne cèdent qu’aux mouvements qu’ils trouvent en eux et dans leur nature »(PASCAL)

 

LE BARON LARREY

LE BARON LARREY (1766-1842)
LE BARON LARREY (1766-1842)

… NAPOLEON Ier comprenait toute l’importance de la chirurgie militaire. Il honora d’une confiance sans bornes l’homme en qui cette profession se personnifiait, le savant et dévoué LARREY ; il lui décerna un titre nobiliaire. Il fit plus, sur le rocher de SAINT-HELENE , il plaça le nom de LARREY dans son testament, avec ces mots, qui valent plus que tous les titres et dépassent tous les éloges : « C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu ». le nom de LARREY est inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Etoile, au milieu des noms des capitaines qui, sous la République, sauvèrent la FRANCE, qui sous l’Empire, la firent si grande et si puissante. NAPOLEON voulait encore plus pour son chirurgien en chef lorsqu’il disait : « Quel homme ! quel brave et digne homme que LARREY ! que de soins donnés par lui à l’armée en EGYPTE, dans la traversée du désert, soit après SAINT JEAN D’ACRE, soit en EUROPE ! J’ai conçu pour lui une estime qui ne s’est jamais démentie. Si l’Armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à LARREY. » Le baron LARREY est l’expression la plus haute et la plus complète de la chirurgie d’armée ; il en résume tous les devoirs, toutes les vertus. Si la science, le dévouement, l’abnégation, les sentiments les plus austères sont indispensables à celui qui pratique l’art de guérir au milieu du calme des cités, il faut au chirurgien militaire d’autres vertus encore, plus viriles parce qu’elles s’exercent dans la sphère de la discipline militaire ; ces vertus, particulières au médecin d’armée, sont le courage guerrier, la force morale, un jugement tellement soudain qu’il a le caractère de l’inspiration : d’une hésitation dépend la mort ou la vie ; son esprit, fécond en ressources, doit faire face à tous les événements ; son corps, plus infatigable que celui du soldat, doit résister à tout ; la fermeté de son âme doit s’allier à la bonté du cœur. Nous ne parlons pas d’une activité, d’un dévouement sans lesquels sa mission serait impossible ; il n’a pas un malade, il en a des centaines, envahis souvent par des fléaux dont les noms portent l’effroi dans les populations. Le médecin militaire vit au milieu d’eux, s’immolant au salut des malades… l’officier de santé doit donc deviner, inventer, créer. C’est au bruit du canon qu’il se livre à des calculs, à des combinaisons dont le résultat immédiat est la mort ou la vie. Il compte avec les climats, les saisons, la marche des armées, leurs ressources, le moral des troupes, leur état physique, et il compte encore avec le commandement et avec l’administration militaire. LARREY était un chirurgien d’armée complet : il fut le premier de sa race… D’une bonté, d’une simplicité qui le font chérir de tous, et en même temps d’une vertu qui commande le respect universel. L’ambition lui est étrangère ; il dédaigne la fortune et vit au milieu de la Grande Armée comme un homme à part, une sorte de providence qu’invoquent tour à tour les amis et les ennemis, les maréchaux de FRANCE et les simples soldats… Jamais LARREY n’oublie de sillonner le terrain que l’ennemi vient d’abandonner, de recueillir les blessés comme des frères, d’étancher de ses propres mains le sang de leurs plaies, et de leur prouver que si la FRANCE est grande par le courage, elle est aussi grande par l’humanité. Ce n’était pas seulement un système chirurgical qu’avait imaginé LARREY, c’était une véritable organisation militaire, qui se pliait aux combinaisons stratégiques aussi bien qu’aux exigences administratives… il s’occupait d’installer une école de chirurgie à MILAN, lorsque le général BERNADOTTE l’appela au sein de ses troupes pour combattre une épidémie qui ravageait le FRIOUL. Le général BONAPARTE y vint de son côté, et, après avoir vu manœuvrer la division d’ambulance volante attachée à ce corps d’armée de BERNADOTTE, il adressa, devant son état-major, ces paroles à LARREY : « Votre ouvrage est une des plus heureuses conceptions de notre siècle « … Le 14 juin 1807, LARREY, à la bataille de FRIEDLAND pansait les Russes et les Français. On lui apporta un moribond dépouillé de ses vêtements. C’était un jeune officier russe, qui depuis devint un personnage éminent. Longtemps après, cet officier écrivait à un Français : « Je ne pourrai jamais dire trop de bien de LARREY, car je lui dois doublement la vie. Grièvement blessé par un coup de feu à la bataille de FRIEDLAND, je fus laissé pour mort et dépouillé. Tombé en votre pouvoir, et ayant repris connaissance, je fus relevé et conduit à l’ambulance. Là non seulement M. LARREY me prodigua ses bons soins, mais encore, s’apitoyant sur mon état de nudité, car je n’avais plus même de chemise, il fit apporter ses effets, et n’eut pas de peine à me faire accepter le linge dont j’avais besoin, tant il mit d’empressement et de générosité à me l’offrir. »… Le baron LARREY se distingua surtout par le caractère. Le caractère est rare, même en des temps comme les notres, où les facultés intellectuelles et le savoir se rencontrent si souvent. Depuis le XVIIème siècle, le niveau des caractères s’est abaissé. Faut-il en accuser les révolutions qui abattent les âmes, ou les civilisations qui les amollisent ? Il n’en est pas moins certain que le caractère est devenu tellement rare, qu’on ne comprend plus dans le monde ce qu’exprimait ce mot. On confond volontiers l’énergie avec le caractère. On pense souvent aussi que le caractère est une qualité quelquefois utile dans les sphères élevées de la politique ou du commandement, mais sans application sérieuse pour les relations ordinaires de la vie. On se trompe : émanation de la conscience humaine, le caractère est le don le plus sacré que DIEU nous ait fait ; il est le signe de la seule grandeur, de la seule force. Une vieille devise exprime l’idée du caractère : « Fais ce que dois, advienne que pourra »… Le baron LARREY avait atteint l’âge de soixante-seize ans, lorsqu’en 1842 il reçut du ministre de la guerre la mission de se rendre en ALGERIE pour y inspecter le service de santé et les hôpitaux militaires ; lui-même avait sollicité, de son vieux capitaine et ami, le maréchal SOULT, ce pénible service, auquel son fils fut associé. Les chaleurs étaient excessives dans les provinces qu’allait parcourir LARREY. Il partit heureux, heureux comme si l’ORIENT de sa jeunesse allait reparaître à ses yeux. Je vis le baron LARREY à PHILIPPEVILLE, à STORA, à CONSTANTINE. Pendant une splendide matinée d’AFRIQUE, nous étions, au camp d’EL-AROUCH , quatorze officiers réunis autour du vieux chirurgien de l’Empire ; il nous avait raconté la mort du duc de MONTEBELLO, la bataille de la MOSKOWA et ses quarante généraux tués ou blessés : « C’était le bon temps » s’écria le capitaine BESSIERES, des turcos de CONSTANTINE. Le baron LARREY le regarda, un triste sourire sur les lèvres, puis nous enveloppant tous de ce même regard plus triste encore, il nous dit : « Le bon temps ! nous disions cela en EGYPTE au souvenir de l’Italie ; nous disions cela en EGYPTE au souvenir de l’Italie ; nous le disions en ALLEMAGNE au souvenir de l’ITALIE ; nous le disions en ALLEMAGNE au souvenir de l’EGYPTE ; nous le répétions en ESPAGNE … Ne faites pas, mes amis, des vœux insensés ; votre métier est grave, considérez-le avec respect, ne craignez pas la mort, mais parler d’elle sérieusement ». Une réponse un peu légère fit redresser la tête de LARREY, qui ajouta : « Vous êtes quatorze autour de moi, tous jeunes et pleins de vie… Eh bien, n’oubliez pas que l’âme seule est immortelle ». Le soir, nous étions de nouveau groupés autour du baron LARREY, qui dans son inspection avait tout vu, tout compris . Son visage était douloureusement affecté ; dans ses cœurs endurcis, le bon, l’honnête chirurgien vit l’Humanité tout entière. Il nous parla longtemps. Jamais les nobles pensées qu’il exprima en cette circonstance ne sortirons de notre souvenir. Ce fut une sorte de discours antique, d’une élévation, d’une pureté qui frappaient d’autant plus qu’aucun autre sur la terre, avait vu la douleur des corps déchirer les âmes. Il nous sembla, pendant quelques instants, dans l’obscurité du soir, que transportés à l’école d’ATHENES , nous entendions SOCRATE développer sa morale ; mais LARREY s’élevait au-dessus de l’antique philosophie en restant tout simplement chrétien. SOCRATE eût invoqué la justice humaine qui se discute, LARREY nous montra la charité divine, qui ne se discute pas… La voix de LARREY avait une gravité religieuse, une autorité paternelle, quelque chose de sacré que je ne compris pas complètement alors. Tout en lui portait ce caractère mystérieux qu’imprime la mort. En effet la mort était en lui ; le vieux serviteur n’avait pu résister à ce dernier service. Le 5 juillet 1842, il s’embarquait pour revenir en FRANCE, souffrant mais toujours ferme. Le 24 il arrivait à LYON dans un état désespéré, et le lendemain 25, son fils, digne héritier de sa science et de son nom, lui fermait les yeux. Une lettre, venue de PARIS à l’instant, annonçait à ce fils que sa mère mourait en même temps. Une heureuse union, qui avait duré près d’un demi-siècle, venait de se terminer. La vertu modeste du foyer et l’éclatante vertu de la science et de la guerre s’éteignaient à la fois, comme si DIEU eût voulu épargner à ces nobles vieillards la suprême douleur de la séparation. »

 

BAUDEAN (HAUTES-PYRENEES) VILLAGE NATAL DE LARREY
BAUDEAN (HAUTES-PYRENEES) VILLAGE NATAL DE LARREY

Le général DAUMESNIL

LE GENERAL DAUMESNIL (1776-1832)
LE GENERAL DAUMESNIL (1776-1832)

« Combien de fois n’a-t-on pas entendu prononcer le nom de DAUMESNIL ? Combien de fois les récits épars de ses actions n’ont-ils pas étonné ! Et cependant on le connait à peine. Chacun sait sa bravoure et son désintéressement : ses amis seuls et le soldat savaient la bonté de son cœur, l’élévation de son esprit et la naive grandeur de son caractère. D’autres furent aussi braves, d’autres furent aussi bons, mais peu surent allier à la bouillante intrépidité, à l’ardeur, à l’audace de DAUMESNIL, cette touchante bonhomie, cette simplicité, cette modestie, cette candeur qui nous ont fait souvent penser que DAUMESNIL était peut-être l’homme le plus réellement militaire de l’Empire. Car n’est pas militaire qui veut : le génie, l’expérience, le travail, la taille ou la force physique, le courage meme ne constitueraient pas seuls le militaire. Il faut, pour être « militaire dans l’ame « comme nous disons à l’armée, posséder ce feu sacré, cet amour du soldat, cette gaieté de la conscience, cette indépendance de l’esprit, cette honneteté du cœur, ce mépris de la mort, ce dédain de la fortune, cette humanité dans la force, cette simplicité dans la grandeur, cette insouciante fermeté, cette liberté d’esprit, cet instinct de patriotisme qui distinguaient DAUMESNIL au suprême degré. Chevaleresque comme aux temps d’autrefois, et, sans le savoir, franc et royal, jamais courtisan, peu soucieux des honneurs, supérieur aux disgraces, gai compagnon de guerre, spirituel et prompt aux fines réparties, DAUMESNIL était donc militaire dans l’âme. Il le fut toujours, et c’est là sa gloire. Quand vinrent les cheveux gris, pas plus qu’au temps des grandeurs, on ne le vit détourner son regard des rangs modestes d’où il était parti. Mutilé par la guerre, héros dans les grands drames de l’Empire, plus illustre encore par son gouvernement de VINCENNES, il vécut comme un sage dans sa modeste retraite, toujours aussi gai, aussi bon, aussi simple, aussi brave, beaucoup plus pauvre, c’était tout… S’il eût été comblé de faveurs, s’il eût commandé en chef les armées, s’il eût laissé à ses enfants les trésors conquis par la victoire, serait-il aujourd’hui plus illustre ? La postérité, dont nous sommes l’avant-garde, conserverait-elle plus longtemps la mémoire de son nom ? Nous n’hésiterons pas à dire que ce qui fit DAUMESNIL si populaire, et précisément d’être resté au second rang lorsqu’il était, autant que d’autres, taillé pour le premier. C’est bien quelque chose ici-bas, à côté des boutades de la fortune, que cette estime de tous, cette affection des petits, et cette adoption des soldats, qui, eux aussi, décernent des titres : à NAPOLEON celui de « Petit Caporal » ; à LANOUE celui de « Bras-de-fer » ; à BAYARD celui de « Sans peur et sans reproches » ; à BUGEAUD celui de « Père » ; à DAUMESNIL celui de « Jambe de bois ».il est des physionomies qui respirent le commandement. C’est un mélange harmonieux de force morale et de bienveillante bonté. DAUMESNIL avait une de ces physionomies. Homme du Midi, le sang gaulois bouillonnait dans ses veines. Une épaisse chevelure frisée indiquait la vigueur ; un large front, l’intelligence ; un œil étincelant, l’énergie ; tandis que le sourire cordial , le regard caressant inspiraient la confiance et la sympathie indispensables au commandement militaire. La nature l’avait donc fait soldat ; aussi resta-t-il soldat, en dépit des boulets qui mutilaient son corps, en dépit des caprices politiques qui brisaient sa carrière… Chez lui l’homme ne s’était pas effacé sous le soldat. Loin de là, le soldat avait grandi l’homme en développant le cœur, en élevant l’âme, en éloignant l’intelligence des mesquins intérêts qui, bien plus que l’armée, effacent l’homme sous la rouille de l’égoisme.