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LE CHEMIN DE DAMAS

LE CHEMIN DE DAMAS du Général Joachim AMBERT (1878) – 346 pages –

 

AU LECTEUR

« Jean-Louis GUEZ, seigneur de BALZAC, écrivait vers 1630, dans son VIIIème discours : « Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instruments et de quels moyens elle se serve. Entre ses mains tout est foudre, tout est tempête, tout est déluge, tout est ALEXANDRE, tout est CESAR. Elle peut faire par un enfant, par un nain, ce qu’elle a fait par les géants, par les héros ».

Cette citation pourrait servir de préface au « Chemin de Damas ». L’auteur a voulu démontrer, par des exemples, que la Providence se sert, pour l’accomplissement de ses desseins, d’instruments imparfaits et de moyens modestes. Pour que la lumière pénètre dans les esprits, il n’est pas nécessaire que le flambeau ait un éclat éblouissant. Pour qu’une parole touche les âmes, il n’est pas non plus nécessaire qu’elle parte des lèvres de BOSSUET ou de FENELON. La lampe qui éclaire la cabane d’un pêcheur peut guider les naufragés vers le rivage, lorsque le phare est voilé par les nuages. Dieu merci, de puissantes voix retentissent sous les voûtes de nos églises, et les phares brillent d’un vif éclat sur le rocher où tant de barques se sont brisées. Mais quelque faible que soit un murmure, quelque tremblante que soit la flamme d’une lampe, ils peuvent, même pendant l’orage, ramener sur le bon chemin le voyageur égaré dans l’obscurité… Nous sommes l’un de ces éclaireurs… Ce livre sera-t-il utile au combat ? – Nous ne savons… On séduit le peuple par des mensonges. Sans nul doute , la vérité est pleine de charmes, mais encore faut-il placer quelques fleurs dans ses mains et déposer sur ses épaules un manteau qui ne soit pas trop sombre. Le mensonge est si habile en l’art de plaire, il a pour le public des sourires si caressants, qu’il serait sage de donner à nos vérités un peu de soie et d’or pour leur parure. Nos adversaires cherchent moins à convaincre le peuple qu’à l’égarer au moyen de livres faciles à lire et brillants de fausses peintures. A ces ouvrages qui flattent les passions, les sages opposent des œuvres très supérieures, mais souvent trop graves, trop sévères dans la forme et dépouillées d’ornements. Pourquoi ne pas aller à l’âme en passant par l’esprit ? Sommes-nous moins habiles que nos adversaires ? La terre que nous cultivons ne produit-elle pas autant de fleurs et de fruits que ce sol désolé qui est le domaine de l’incrédulité ? Le chemin de DAMAS a été souvent parcouru depuis SAINT-PAUL l’Apôtre des gentils. Des milliers de visions ont arrêté les pas des voyageurs. Mais le monde n’a connu que les grandes conversions. Il en est cependant, et ce sont les plus nombreuses, qui s’accomplissent à l’ombre et sans bruit. Celles-ci nous sont précieuses , car elles sont un témoignage de l’amour de DIEU pour les humbles et les petits. Dans ce livre, tout est portrait. Le peintre n’a point inventé les figures. Seulement, il a cru pouvoir les encadrer de draperies, afin de mieux en faire ressortir les couleurs et les reliefs. En traçant les pages qui suivent, l’auteur a songé souvent à cette pensée de SAINT CHRYSOSTOME : « Au milieu de ce grand naufrage du monde, une main propice nous jette d’en haut le câble de l’espérance qui peu à peu retire des flots des misères humaines et soulève jusqu’au ciel ceux qui s’y attache  fortement.

PATRIE

Souvent dans la conversation, et même parfois aux discours officiels, le mot « pays » est employé comme synonyme de « patrie ». Cependant les idées exprimées par ces mots nous semblent fort différentes. Le « pays » est le lieu qui nous a vu naitre. Chacun aime son pays ou du moins songe à lui avec plaisir, presque toujours avec bonheur. Loin du pays, on y est ramené par la pensée. Ce ne sont pas seulement les proscrits, les exilés volontaires, les prisonniers, qui caressent le souvenir du pays. Au milieu des grandeurs, au faite de la puissance, les heureux de ce monde jettent un regard attendri vers le passé modeste et les jours ignorés du pays lointain. Tous évoquent les images à demi effacées. On revoit confusément son village ou sa cité presque ignorée. Ce sont les petits chemins creux, les grands bois à l’horizon, le vieux cimetière où dorment les aieux, le ruisseau qui murmure dans la verte prairie ; on croit entendre le son de la cloche de l’église, le champ rustique du laboureur, le rire joyeux des laveuses à la fontaine, et jusqu’aux cris aigus des enfants s’échappant de l’école ; la fumée de la pauvre chaumière tournoie dans l’air, et les troupeaux regagnent lentement l’étable à la chute du jour. Les parents, les amis, peuplent ce tableau, et l’on y voit tristement sa place vide. Il n’est pas jusqu’au Parisien qui n’ait son pays bien-aimé et toujours regretté… La « patrie » est cette flamme qui fond ensemble les gloires et les souffrances communes. Il y a dans l’idée de patrie le sang, les larmes, les grandeurs des générations. C’est une âme immense dans laquelle se confondent toutes les âmes. Les conquérants peuvent s’emparer d’un pays par la force, mais les armes sont impuissantes contre la patrie… Grande erreur que celle qui ferait penser que le patriotisme a le moindre rapport avec une rivalité guerrière. L’esprit de conquête reste étranger au patriotisme. Un arbre est posé sur la terre, son tronc robuste soutient des branches entrelacées qui disparaissent sous un épais feuillage. Son ombre s’étend au loin, et quand vient l’automne, ses fruits jonchent le pied et les herbes d’alentour. C’est là ce que voient nos yeux. Mais sous le sol, les racines s’étendent en se multipliant comme des branches mystérieuses. Elles creusent la terre, et la soulèvent parfois pour se replonger dans ses entrailles. Là est l’existence de l’arbre, sa vie, sa force, son immortalité. Le temps et la hache abattront l’arbre, mais nulle puissance ne saurait arracher les racines. C’est là l’image matérielle du patriotisme. Au lieu de descendre, comme les racines de l’arbre, vers le centre de la terre, il remonte vers le ciel. Les branches peuvent être abattues par l’orage ; les fruits peuvent devenir rares, le bûcheron peut de sa cognée frapper à coups redoublés, les racines ont creusé leur sillon, elles y sommeillent jusqu’au jour où de nouvelles pousses plus vigoureuses prouvent aux hommes l’impuissance de la hache sur les desseins de DIEU. Nous ne voyons pas plus ce qui se passe au-dessus de nos têtes que nous ne saurions voir la marche lente de la racine sous nos pieds. Mais l’âme n’est point enchaînée comme le corps, et, dans son vol rapide, elle franchit le temps et l’espace ! Faites appel à votre âme, oubliez pour un instant les querelles des partis politiques, jetez de côté les mesquines passions et cherchez la patrie. Elle entendra votre voix. Alors vous verrez CHARLEMAGNE posant sur sa tête la couronne de fer des LOMBARDS, LOUIS LE GROS émancipant les communes, SUGER rendant la justice au peuple, PHILIPPE AUGUSTE jetant les fondements du royaume de FRANCE, SAINT LOUIS écrivant les premières lois et prononçant ces belles paroles : « Droit est toujours plus près d’absoudre que de condamner « Vous verrez se former cette patrie française tantôt par la guerre, tantôt par les traités. Les revers auront leur jour avec PHILIPPE de VALOIS et le roi JEAN, mais l’épée de DUGUESCLIN jettera ses éclats. Puis PARIS sera au pouvoir de l’ennemi. Enfin JEANNE D’ARC vous montrera sa bannière, où vous lirez le mot « Patrie ». Des factions religieuses, des guerres civiles vous attristeront, mais HENRI IV vous consolera. Puis le Cardinal de RICHELIEU, MAZARIN, LOUIS XIV, vous montreront nos grandeurs et nos misères. Vous arriverez ainsi à la Révolution. Le soleil d’AUSTERLITZ vous éblouira pour disparaître bientôt derrière les nuages les plus sombres ; une foule de grands hommes seront passés, les CORNEILLE, les RACINE, les SULLY, les COLBERT. Du sein de nos vieilles cathédrales des prières se seront élevées, tandis que, perdu dans l’immensité, vous n’y retrouverez que la patrie. Vous en serez fier, vous l’aimerez pour ses douleurs encore plus que pour ses gloires. Elle est partout cette sainte patrie, aussi bien dans nos livres que dans nos monuments, aussi bien dans un bivouac solitaire que dans les splendeurs d’un palais souverain.

… « Dans le cours d’un voyage, lorsque vous marchez sur la route, vous vous arrêtez parfois pour goûter quelques instants de repos. Vous jetez alors un regard sur le chemin parcouru, et vos yeux se promènent de clochers en châteaux, de maisons riches en pauvres chaumières, de petits ruisseaux en larges rivières, de peupliers élevés en arbrisseaux modestes. Vous êtes passé près de ces choses avec une sorte d’indifférence. Maintenant qu’elles vous apparaissent à distance, leur aspect est différent. Le peuplier avait caché l’arbrisseau, et voilà que l’arbrisseau a grandi au point de faire oublier le peuplier. La chaumière est mieux éclairée que le château, le petit ruisseau a des reflets plus brillants que la rivière, et vous caressez du regard la chaumière et le ruisseau. Il en est de même dans la vie. Nous rencontrons, depuis l’enfance, des hommes de toutes conditions, les uns au-dessus de nous, les autres au-dessous, et beaucoup à notre niveau. Il en est qui passent rapidement sous nos yeux et que nous entrevoyons à peine ; il en est aussi que nous avons le temps d’étudier et de connaitre. On croirait que de ceux-ci nous conserverons un long souvenir, tandis que l’image de ceux-là s’effacera sans laisser de trace. Il n’en est rien, et le contraire arrive souvent. Lorsqu’en nous retournant vers le passé, nous le contemplons, presque toujours avec tristesse, des ombres se dressent devant nous. Pourquoi celles-là et non pas d’autres ? Cependant ceux qui nous apparaissent ainsi et semblent sortir de la tombe n’ont pas laissé en nous les traces les plus profondes ; mais ils sont une marque dans les jours qui se confondent. Semblables au clocher, à l’arbrisseau, à la cabane que le voyageur retrouve derrière lui et qui indiquent les contours du chemin, ces hommes nous ramènent en arrière et raniment des sentiments éteints depuis longtemps…