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LE CONNETABLE ANNE DE MONTMORENCY

Le connétable ANNE de MONTMORENCY (1493-1567) par le Général Joachim AMBERT (1880) -335 pages -


« … Toutes les cours de l’EUROPE rendirent une éclatante justice au Connétable ; mais les GUISE et leur parti affectèrent un profond dédain pour sa capacité. Son caractère intraitable l’empêchait d’écouter les observations ; il ne prêtait qu’une oreille distraite aux avis les plus sages et répondait presque toujours brusquement aux personnages qu’il aurait dû ménager dans l’intérêt de sa fortune. Pour réussir, le caractère importe tout autant, sinon plus, que l’esprit et le mérite. Il est des hommes de grande valeur, habiles en politique, ou capitaines éminents, qui semblent faits pour les premiers emplois et passent cependant une partie de leur vie en disgrâces. Ces hommes sont raboteux, comme disait MONTAIGNE. S’ils réussissent un jour, ce n’est qu’en foulant aux pieds leurs rivaux ; ils brisent les obstacles une fois ou plusieurs fois, mais finissent par s’y briser eux-mêmes. Le Connétable de MONTMORENCY y était naturellement rabroueur et donnait à tout propos le coup de butoir. Le sentiment qu’il inspirait pouvait ressembler au respect, à l’admiration, mais s’éloignait fort de l’amour. Il le savait et ne s’en inquiétait guère. Le mépris qu’il professait pour les courtisans et pour les hommes en général, le rendait peu sensible aux louanges. Ce dédain de l’opinion publique eut une grande influence sur la destinée du Connétable, et les historiens, presque tous sévères à son égard, n’ont écouté que les échos qui répétaient à l’envie l’éloge du duc de GUISE et de sa maison. Trop fier pour descendre à ces attentions bienveillantes que les ministres et les souverains prodiguent généreusement, le Connétable promenait un regard sévère autour de lui, et chacun se retirait mécontent. Quoique religieux, il demeurait convaincu que les hommes ont besoin d’être conduits par une main de fer. Il n’admettait pas une grande différence entre la liberté et la licence, et disait volontiers que les grands, aussi bien que les petits, n’ont de respect que pour la force. Cette conviction l’amenait à se faire craindre bien plus qu’à se faire aimer. S’il était sévère, souvent implacable, il demeurait toujours juste, et parfois même sa bonté venait en aide aux malheureux. A ses yeux, l’autorité était d’origine divine. Le Roi ne tenait son sceptre que de DIEU. Lorsque cette épée frappait, ce n’était pas dans un intérêt humain, mais dans un dessein supérieur. Il méprisait la raison humaine, si prompte à s’égarer, et voulait que les peuples fussent disciplinés comme les armées. Quel que soit le jugement qu’on porte sur cet homme, il faut lui reconnaître une grandeur bien rare en tout temps. Ceux que DIEU a faits à cette image ont souvent sauvé les empires, et nul d’entre eux ne les a perdus. Ces hommes sont nés pour l’exercice de l’autorité, et jamais entre leurs mains l’autorité n’a péri. Soyons donc d’une extrême réserve avant de porter un jugement sur ces hommes auxquels le vulgaire donne le nom de despotes. En réalité, ils sont la résistance aux passions de la foule ; leurs yeux découvrent des maux à venir que la multitude agitée ne saurait voir. En défendant l’autorité du pape attaquée par les réformateurs, le connétable de MONTMORENCY était convaincu qu’il servait son pays et le protégeait contre l’anarchie…Anne de MONTMORENCY était donc brave soldat et grand capitaine. Quant aux affaires d’Etat, il les entendait mieux qu’aucun ministre du siècle. Il les avait traitées sous FRANCOIS Ier et HENRI II pendant de longues années. Tous les secrétaires d’Etat venaient chaque jour lui rendre compte de leurs charges, et les ambassadeurs étrangers prenaient ses ordres. Les ministres que gouvernait  MONTMORENCY n’étaient pas de médiocres personnages. Ils se nommaient : messieurs de l’AUBESPINE, de BOURDIN et du THIER, BEAUREGARD, à troiMARCHAUMONT et DARDOIS. Il avait coutume de dicter à ses secrétaires, quelquefois à trois ensemble sur différents sujets. Il possédait un vaste jugement, et dans sa tête tout demeurait en ordre. Sa mémoire n’était jamais en défaut, et son jugement ne le trompait pas. Les intérêts divers des Etats de l'EUROPE lui devenaient tellement familiers, qu’il déjouait les ruses des ambassadeurs, tantôt en les rabrouant, tantôt par une moquerie. Quoi qu’on en ait dit, il savait fort bien lire et écrire, sans être d’ailleurs un grand clerc. Il avait peu de considération pour les belles-lettres et les choses d’imagination, mais il estimait le savoir solide. Il savait l’histoire de tous les peuples , des Français en particulier. Il entendait très bien les finances et les gouvernait de telle sorte que le roi avait l’argent nécessaire pour la guerre, sans que le peuple fût accablé d’impôts. A la tête des finances, le connétable ne s’est pas autant enrichi que l’ont dit ses ennemis. S’il mourut riche, il dut ses biens à la générosité des rois qu’il servit, et qui ne lui ménagèrent ni les dons ni les bienfaits. Il sut les mériter par ses services. D’ailleurs, sa maison possédait de grands biens : MONTMORENCY, ECOUEN, CHANTILLY, L’ISLE ADAM et bien d’autres encore. Il était fort économe, comme l’avait été son père. Le Connétable dit-lui-même à BRANTOME que, lorsqu’il sortit de sa maison pour aller apprendre la guerre au PIEMONT, son père ne lui donna que cinq cents livres, avec de bonnes armes et de bons chevaux. Tout cadet de bonne lignée en avait davantage, mais les MONTMORENCY avaient coutume de dire : « Nul ne peut jamais bien savoir comment il faut vivre, qui ne sait pâtir ». C’est à tort que l’on aurait représenté le Connétable comme un esprit chagrin, toujours grave et mécontent, ennemi des arts. Son hôtel, à PARIS, renfermait une belle galerie de tableaux. Il avait fait peindre toutes ses batailles et tous ses châteaux, sans compter grand nombre de portraits des principaux seigneurs et des dames les plus célèbres. Le Roi FRANCOIS Ier aimait la conversation d’Anne de MONTMORENCY, parce qu’elle était aussi élevée que profonde… Le Connétable était donc homme de bien et de conscience. Il avait une réputation de justice qui lui fit donner le nom de « grand justicier ». Il connaissait les lois aussi bien qu’un président, et plus d’une fois il donna de rudes leçons aux juges ignorants ou injustes… Fort politique, d’ailleurs, pour la guerre aussi bien que pour les conseils en temps de paix… Le connétable de MONTMORENCY vécut à l’époque la plus profondément agitée de notre Histoire. Il prit part aux guerres, assista à la renaissance des arts et des lettres, vit fonder le collège royal et ouvrir les premières bibliothèques. Il lui était donné de voir la plus grande révolution qu’ait subie le monde depuis dix-huit siècles, la Réforme.

Tombeau du Maréchal de Montmorency
Tombeau du Maréchal de Montmorency