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LE MARECHAL MONCEY

Illustrations et Célébrités du XIXème siècle (1ère série) (1881-1886) Le Maréchal MONCEY (1754-1842) par le Général Joachim AMBERT (page 357 à 393)

« … Je voudrais rappeler une grande scène dont le hasard nous a rendu témoin. C’était le 20 avril 1842. Nous avions l’honneur d’être officier d’ordonnance du Maréchal SOULT, Duc de DALMATIE, Ministre de la Guerre, Président du Conseil. A neuf heures du soir, le Maréchal nous donna l’ordre de nous rendre aux INVALIDES, où le Maréchal MONCEY, Gouverneur de l’Hôtel, était à son lit de mort. Nous devions représenter le ministre auprès de son collègue le Duc de CONEGLIANO. Au chevet du Maréchal se trouvaient ses deux aides de camp, le Commandant LHEUREUX, devenu depuis Général, et le Lieutenant-Colonel de BELLEGARDE. Une sœur de charité se tenait au pied du lit, et deux invalides veillaient à la porte de la chambre. Assis plutôt que couché, le vieillard avait les yeux fixés sur ses mains jointes. Un profond silence régnait. Lorsque j’entrai, après avoir fait avertir les aides-de- camp, le Maréchal fixa sur moi ses yeux éteints, et reconnaissant l’uniforme de l’état-major du Ministre, il demanda des nouvelles de son ami le Maréchal SOULT. « Vous lui direz que je suis faible, mais sans souffrances. Quel est votre nom ? « . Entendant ma réponse, le vieillard dit vivement : « Mais j’ai beaucoup connu votre père, mon collègue et ami, il y a cinquante ans. Il était mon ainé d’âge et de grade ». Le Maréchal se trompait pour l’âge, mais aucune observation ne lui fut faite. « L’avez-vous conservé ? » - Oui, Monsieur le Maréchal » - « Eh bien adressez lui mes amitiés. Et vous, mon cher capitaine, asseyez-vous et … vous n’êtes pas pressé, SOULT vous excusera ». Couvertes de vêtements noirs, une femme jeune encore entra dans la chambre, s’avança vers le lit, s’agenouilla, et la tête dans ses mains, pria immobile comme une statue. Sa prière terminée, elle se retira, sans approcher du chevet. Le Maréchal ouvrit les yeux, les referma vivement, ne prononça pas une parole, et ne fit pas un signe. Je demeurai. Le mourant avait parlé lentement, mais d’une voix claire. Quelques questions se firent entendre de loin en loin, peu distinctes. Il semblait sommeiller, lorsque, relevant tout-à-coup la tête et ouvrant les yeux, il prononça hautement ces mots : « QUE CHACUN REMPLISSE ET TERMINE SA CARRIERE COMME MOI"

. Puis il retomba, et la respiration s’en alla de plus en plus faible, jusqu’au moment où le bras droit glissa sur le drap. Les aides-de-camp soutinrent la tête de leur général, et je saisis la main que je portais à mes lèvres, cette main qui avait soutenu si haut l’épée de la FRANCE. Il était dix heures et un quart lorsque le Maréchal MONCEY mourut. Moins d’une heure après, j’entrais dans la chambre du Maréchal SOULT qui était couché. Je lui rendis compte de ma mission et déposai sur une table un portefeuille renfermant des papiers d’Etat, que m’avaient remis les aides-de-camp du Duc de CONEGLIANO, et aussi le bâton de Maréchal de FRANCE que MONCEY avait reçu en 1804…Une belle et noble existence venait donc de s’éteindre à l’Hôtel des INVALIDES. Dans le silence de la nuit, à quelques pas du tombeau de NAPOLEON, sous les voûtes qu’éleva LOUIS XIV , le Maréchal MONCEY rendit à DIEU son âme. En assistant à cette grande scène on se sentait ému. Les larmes mouillaient les yeux. Ce n’étaient pas ces larmes amères qu’arrachent trop souvent, hélas ! les pertes de famille. Oh ! non, ce n’était pas l’homme que nous pleurions, car l’homme avait assez vécu, car sa mission sur la terre était remplie, car sa dette de la FRANCE était payée par un siècle presqu’entier de travaux et de dévouement. Ce n’était pas l’homme que nous pleurions , mais plus que cela. En présence de ce lit de mort du plus ancien soldat des armées européennes, chacun de nous se reportait vers les temps où l’héroisme, la gloire et les malheurs se confondent dans sa pensée. Ce vieux guerrier personnifiait notre Histoire militaire. Simple soldat sous le règne de LOUIS XV, capitaine de LOUIS XVI, général de la République, Maréchal de FRANCE sous l’Empire et sous les monarchies, il avait pris part aux événements qui terminèrent le dix-huitième siècle et commencèrent le dix-neuvième. En contemplant la mort du Maréchal MONCEY, nous ne pouvions arracher nos yeux de cette tête pâle, où tant de grandes pensées avaient germé. A l’aspect du Maréchal MONCEY mourant après soixante quatorze ans de services, quel est le militaire de notre époque qui oserait s’enorgueillir de ses travaux et de ses succès ? En présence de cette vie si pleine, quel est celui qui ne se sent dans l’âme des mouvements d’humilité ! C’est que les hommes d’élite sont utiles par leurs travaux d’abord, par leur exemple ensuite. Lorsque le Maréchal MONCEY mourait, les hommes qui avaient occupé les hautes situations de l’Empire et de la Restauration vivaient encore presque tous. Les tombes du Général RAMPON, du Général CAMBRONNE, du Maréchal CLAUSEL se fermaient à peine ; nous étions en présence d’une grande génération, qui maintenant appartient à l’Histoire ; nous entendions de grandes voix, que l’âge avait rendues plus solennelles encore ; et désormais nous commençons la postérité. Ce nous est donc un devoir de dire ce que les hommes nous ont laissé de souvenirs. Il faut même trouver plus que des souvenirs. Ces hommes nous ont enseigné l’amour vrai du pays, le courage du cœur, le désintéressement, la justice pour les autres, et aussi cette vertu des vrais soldats, l’accomplissement du devoir quelles qu’en puissent être les conséquences… Le siècle commençait à peine, que déjà le Premier Consul jetait les fondements de ce grand Empire dont les fautes et les malheurs ne sauraient faire oublier les gloires. Le Premier Consul voulait reconstituer une société basée sur les croyances morales et protégée par la force. Le traité d’AMIENS mit un terme aux hostilités. La FRANCE s’était agrandie. L’ITALIE, la SUISSE se mirent sous sa protection ; le PIEMONT devint l’une de nos provinces. Alors le chef du pouvoir parcourut les départements , fit creuser des canaux et des ports, construire des ponts, réparer les routes, élever des monuments, rédiger des lois. Le CONCORDAT rendit à la Nation ses églises et son clergé ; celui qui devait monter sur le trône comprenait que pour soutenir tant de choses, il fallait une force, une invincible protection, un appui solide comme le glaive du soldat, respectable comme la voix du magistrat. Le Premier Consul se souvint de l’ancien connétable qui gouvernait l’ancienne maréchaussée. Il eut la pensée de la Gendarmerie. Pour créer cette institution, adoptée par toute l’EUROPE, par l’AMERIQUE et par l’ORIENT, le Premier Consul avait besoin d’un homme de guerre, car une Gendarmerie civile eut manqué de prestige et de force. Le caractère militaire peut seul, en FRANCE, imprimer à la répression ce respect populaire qui est la grande puissance du gendarme… Rapprochant ces traditions d’ordre et de force, le Premier Consul voulut placer à la tête de la Gendarmerie française un de ces guerriers d’élite, bon juge en fait d’honneur, modèle de loyauté, de désintéressement et de courage. Tout lui désigna MONCEY. Nul mieux que lui ne pouvait, en effet, imprimer une haute impulsion au corps de la Gendarmerie, dans lequel se retrouvent les vertus qui distinguèrent éminemment le Maréchal MONCEY : dignité humaine, probité, droiture, désintéressement, modestie, justice, douceur mais caractère inébranlable. A cette époque où la FRANCE se régénérait, la plupart des hommes éminents eurent une mission à remplir, une mission indispensable à la résurrection de la FRANCE. Il n’en fut pas de plus noble, de plus grande, de plus utile que celle du Maréchal MONCEY. Nul mieux que lui ne pouvait créer cette institution. MONCEY, après avoir étudié les lois, sous les yeux de son père, avait appris la morale au foyer d’une famille chrétienne, pieuse et austère… Lorsque l’Empereur éleva MONCEY à la dignité de Maréchal de France, il eut avec lui de longues conférences au sujet de la Gendarmerie. Un jour MONCEY faisait observer à NAPOLEON que le commandement de la force publique à l’intérieur avait une telle importance , qu’il faudrait confier ce poste à l’un des frères du monarque. « Cette situation, disait MONCEY, exige bien plus que des talents de guerre, plus que des dignités sociales… - « C’est vrai, dit l’Empereur en l’interrompant, on ne confie pas une telle armée à tous les bras ; mais vous êtes trop fort et trop sûr, pour que je ne vous l’abandonne pas pour toujours ». Ce gendarme, tour à tour soldat intrépide et citoyen dévoué ; ce gendarme que l’on retrouve partout où se présente le péril, qui, nuit et jour, veille sur les personnes et les propriétés ; ce gendarme, juge de paix dans les champs, magistrat dans les villes, ce gendarme qui fait honneur à l’Armée, est l’œuvre du Maréchal MONCEY… UN DES VIEUX COMPAGNONS DU MARECHAL MONCEY ETAIT-IL DANS LA PEINE ; UNE PAUVRE VEUVE DE SOLDAT, UN ORPHELIN AVAIENT-ILS BESOIN D'UN APPUI, LE MARECHAL MONCEY S'EMPRESSAIT DE TENDRE LA MAIN POUR SOULAGER L'INFORTUNE. IL OUVRAIT DES ECOLES POUR LES ENFANTS, IL RELEVAIT L'EGLISE DU VILLAGE, CONSTRUISAIT DES PONTS POUR FACILITER LES COMMUNICATIONS ENTRE LES HAMEAUX  ET CEPENDANT SA FORTUNE ETAIT MEDIOCRE, puisque ses revenus ne s’élevaient pas à dix mille francs qui, joint à ses traitements, le laissaient, pour ses largesses, fort au-dessous d’un petit bourgeois. D’une humeur un peu inquiète, quelquefois difficile dans ses relations, MONCEY n’en était pas moins doué d’une bonté naive, indice d’une belle âme. Semblable aux patriarches, il soignait la vieillesse de ses serviteurs. Ses chevaux étaient eux-mêmes protégés jusqu’à la mort. Le Maréchal eut ainsi jusqu’à vingt neuf vieux chevaux dont il ne voulut jamais se défaire, parce qu’ils eussent été malheureux loin de lui. Cette religion des souvenirs a quelque chose de touchant que l’on aime à trouver chez l’homme de guerre, que l’habitude de la destruction pourrait rendre moins sensible… Un témoin raconte ainsi l’un des événements de la vie de MONCEY : le jour où les restes de l’Empereur NAPOLEON, ramenés de SAINTE-HELENE rentraient dans PARIS pour aller reposer au milieu de ses vétérans ; au moment où sous les rayons d’un soleil d’hiver, aux acclamations d’une foule immense, salué au passage par les statues des grands hommes de notre Histoire, le héros couché dans son cercueil s’avançait lentement vers cette grille des INVALIDES qu’il avait si souvent franchie sur son cheval de guerre , les spectateurs qui l’attendaient dans l’église s’écartèrent pour faire place au chef de tous les vétérans mutilés qui venaient en leur nom, recevoir l’Empereur mort sur un rocher solitaire. C’était un vieillard au front chauve, à l’œil sans éclat, courbé et comme écrasé sous le poids des ans. On le portait dans un fauteuil ; placé à gauche de l’autel, il demeura immobile et muet. Ce fantôme de soldat , en grande tenue de Maréchal de FRANCE, attendit l’arrivée du corps de NAPOLEON. Le cercueil avait franchi la grille et pénétrait dans la cour. Le bruit du canon se mêlait au son d’une musique funèbre. Les troupes présentaient les armes, et les invalides s’agenouillaient en pleurant. L’Empereur approchait dans son cercueil. Porté sur les épaules des marins qui le ramenaient de deux mille lieues, conduit par le Prince de JOINVILLE qui marchait le premier l’épée à la main, l’Empereur entra. Le Roi LOUIS-PHILIPPE descendit de son siège pour venir à la rencontre du conquérant qui n’était plus que cendres. Tous se levèrent émus et tremblants. Le vieillard assis à gauche de l’autel voulut se lever aussi, mais les forces lui manquèrent et il retomba sur son fauteuil. Un éclair illumina ce visage marqué de l’empreinte de la mort. Il posa sur son front une main tremblante, et ceux qui étaient près de lui virent une larme mouiller ses paupières. Le vieillard laissa retomber sa tête sur sa poitrine et il nous sembla qu’il disait : « J’ai assez vécu « . Ce n’était pas une tombe qu’il voyait, mais tout le glorieux passé de sa vie, les victoires, les triomphes, et cette grandeur nationale si chèrement payée et si vite évanouie. Il nous voyait aussi autour de lui, nous les fils et les petits-fils de ses compagnons d’armes, et devinait peut-être que nous aurions, comme nos pères, de terribles épreuves à supporter. Les funérailles du Maréchal MONCEY ont été célébrées le 25 avril 1842 à l’église des INVALIDES. Quinze écussons, rappelant les principales campagnes du Maréchal étaient appendus aux draperies noires semées de lames d’argent. On lisait aux écussons : défense de CATALOGNE ; RHIN ; VALENCE, VILLA-NOVA ; BILBAO ; FONTARABIE ; PYRENEES ; barrière de CLICHY ; Armée de l’OUEST ; SARAGOSSE ; ESPAGNE ; ITALIE ; SAINT SEBASTIEN ; VITTORIA ; BIDASSAO. Quatre cents généraux et officiers supérieurs se groupaient autour de quatre mille invalides, le sabre en des mains mutilées. Le canon tonnait comme au fort des batailles et troublait le silence du tombeau de NAPOLEON. Le feu de la mousqueterie couvrait d’un voile de fumée ces masses d’hommes réunis pour rendre les derniers honneurs, au vieux soldat de LOUIS XV. Cette artillerie, ces chevaux, ces soldats amputés, ces bruits de guerre, tout rappelait la bataille, nous devrions dire la victoire, car SOULT, OUDINOT, MOLITOR, GERARD étaient là. Notre pensée planait dans ce monde mystérieux vers lequel s’envoient toutes les gloires. MONCEY venait de rejoindre BESSIERES, NEY, MONTEBELLO. Lorsque la cérémonie allait se terminer, avant le défilé des troupes, un autre vieillard s’avança. C’était SOULT, Duc de DALMATIE, Maréchal d’Empire, comme MONCEY, depuis le 19 mai 1804. Le service marquait notre place près du Maréchal SOULT. Nous entendîmes donc ces adieux. Si nous ne rapportons pas les propres paroles prononcées par le ministre de la Guerre, nous garantissons le sens de son discours, écrit immédiatement après la cérémonie. Ainsi parla le Maréchal SOULT : « C’est un dernier adieu que je veux donner à l’homme de bien, au soldat illustre que la mort nous a enlevé. Lié avec lui depuis quarante ans par une étroite amitié, j'ai connu toutes ses vertus guerrières, toutes ses qualités de citoyens. J’ai vu tout le bien qu’il a fait. Je l’ai suivi dans toute la longue carrière qu’il a parcourue au milieu des combat où sa gloire s’est fondée ; partout je l’ai trouvé égal à lui-même, modeste, redoutant presque qu’on s’occupât de lui, qu’on le jugeât capable des actions d’éclat qu’il voulait accomplir… En ITALIE, sur le RHIN, en HELVETIE, partout où il fit la guerre, il soutint l’honneur du premier rang. La sagacité de NAPOLEON ne tarda pas à le distinguer parmi tant de soldats d’élite qui se pressaient dans les rangs de nos armées. Nommé en 1801 premier inspecteur général de la Gendarmerie, il était Maréchal de FRANCE en 1804… A la mort du Maréchal JOURDAN, le Roi le nomma Gouverneur des INVALIDES ; c’était faire vibrer encore une fois l’orgueil de ces glorieux débris de nos armées qui entourent ici son cercueil ; c’était leur offrir, dans la personne de leur général, un modèle de toutes les vertus. Adieu, mon vieil ami ; Adieu, soldat sans peur et sans reproche, Adieu MONCEY ! Adieu ! ». Le Maréchal SOULT se tut, et la voix du canon salua ses dernières paroles. Après soixante-quatorze ans de services, le Maréchal MONCEY reposait dans la tombe ; revêtu de son uniforme, l’épée au côté, il dort de l’éternel sommeil. Si quelque bruit trouble le silence de cette tombe, c’est le pas d’un invalide qui vient s’age nouiller près de son ancien capitaine. Mais cette génération glorieuse n’est plus, et si vous vous vous rapprochez près de la tombe de MONCEY, vous ne verrez qu’une ombre qui glisse sur la pierre, c’est l’ombre des drapeaux conquis sur l’ennemi ».

LETTRE DE MONCEY AU GENERAL JEAN JACQUES AMBERT (18 JUILLET 1801)
LETTRE DE MONCEY AU GENERAL JEAN JACQUES AMBERT (18 JUILLET 1801)