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NAPOLEON III

NAPOLEON III (1808-1873) PAR LE GENERAL JOACHIM AMBERT, PORTRAIT BIOGRAPHIQUE EXTRAIT DES "ILLUSTRATIONS ET CELEBRITES DU XIXEME SIECLE" (1884-1886) PAGE 5 A PAGE 48.

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON III, PAR LE GENERAL JOACHIM AMBERT, PARUE DANS "LA GAZETTE DU DIMANCHE"
BIOGRAPHIE DE NAPOLEON III, PAR LE GENERAL JOACHIM AMBERT, PARUE DANS "LA GAZETTE DU DIMANCHE"

3« Notre jugement est comme ces phares dont l’éclat n’apparaît qu’à trois lieues de la côte ; ce n’est qu’à distance et que de fort loin que nous voyons les choses un peu clairement « . Cette pensée d’un aimable philosophe vient naturellement à l’esprit de tout homme qui tenterait de tracer, ne fût-ce qu’au crayon, les traits principaux d’une figure contemporaine. Lorsque cette figure est celle d’un Souverain, le peintre voudrait s’éloigner des phares pour voir les choses plus clairement, mais la distance est marquée. Seule la postérité pourra se rapprocher ou s’éloigner de la côte et demander au phare l’éclat nécessaire pour bien voir sans être ébloui. Laissons donc à la postérité le soin de prononcer les jugements historiques et bornons-nous à quelques traits loyalement tracés. En de telle circonstance deux écueils sont à éviter : une indulgence extrême, et une injuste sévérité. Nous ne redoutons pas ces périls, et nos paroles, tout en conservant le respect dû à de grandes infortunes, demeureront indépendantes. Lorsque la fortune souriait à l’Empereur NAPOLEON III, les flatteries étaient sans limites ; depuis sa chute les courtisans ont fait place aux ennemis les plus implacables. Ainsi le veut la politique des intérêts, ainsi le veut la politique des intérêts, ainsi le veut l’aveugle passion des amis aussi bien que des ennemis… La fortune le seconda en fondant la République de 1848. LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE en devint le successeur direct et obligé. Tous ceux qui voulaient le rétablissement de la monarchie, ne voyant rien venir d’un côté, adoptèrent le Prince pour leur chef. Il agit, en cette circonstance, avec une extrême habileté, manoeuvrant dans l’ombre, poursuivant son but sans précipitation, simulant des faiblesses d’esprit, et laissant à tous les partis l’espoir de se louer de lui après la victoire. Les complices de la veille se tenaient prudemment dans la coulisse, car, en ces conjonctures, il ne fallait effrayer personne. Le langage était habile : aux libéraux on promettait une sage liberté ; aux ouvriers des réformes ; aux gens de guerre des gloires oubliées ; au clergé une amitié sincère ; aux bourgeois la paix et le repos ; aux paysans une paternelle protection et le retour des grandes choses. Le mot « EMPIRE » n’était pas prononcé, on laissait au peuple le soin d’écrire ce mot. L’élection du Président de la République fut l’un de ces événements qui prouvent combien les hommes d’Etat sont peu de chose, lorsque les sociétés sortent de la voie où elles cheminent d’ordinaire. Le Général CAVAIGNAC avait rendu de grands services à la FRANCE, vaincu les Jacobins et rétabli l’ordre. Tous les Républicains le secondaient, l’administration était dans sa main, les plus habiles et les plus populaires parmi les chefs de l’Armée se montraient ses amis, enfin il représentait l’autorité suprême. Une majorité immense, formidable, imprévue, et réellement populaire, proclama le nom du Prince-Président LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE. Les villageois parcouraient les champs, leurs curés en tête, pour se rendre au scrutin, les villes étaient pavoisées comme aux jours de victoire ; le Prince était acclamé par des millions de voix. Il ne faut pas s’en étonner : d’un côté la légende napoléonienne se réveillait dans les chaumières ; de l’autre, le châtelain, le hobereau, le fermier riche, le banquier, l’académicien, le propriétaire, l’homme d’ordre, effrayés par le seul nom de République se précipitaient autour du Prince, qui arrivait le premier. On cherchait un sauveur, LOUIS-NAPOLEON vint en disant : « Me voilà « . Les débuts furent heureux et le nouveau Président de la République se montra digne de la confiance de la Nation. Il ne savait pas, et le public ignorait que chaque Souverain porte en soi un germe de mort, lent à paraître et qui fatalement l’entraînera à sa perte. Ce germe est une faute qu’il faut expier. Pour les uns, ce germe se nomme « Le doigt de DIEU », pour les autre « la fatalité », pour beaucoup « la logique éternelle ». Pendant une fatale nuit, le Duc d’ENGHIEN tomba fusillé dans les fossés de VINCENNES. Quelqu’un était coupable de cet assassinat et quelqu’un devait, tôt ou tard, payer le crime. Ce fut NAPOLEON IER qui, à SAINTE-HELENE, pendant les longues nuits de la captivité, dut revoir à travers toutes ses gloires, ce fossé de VINCENNES où il avait frappé une innocente victime. NAPOLEON III devait périr par les généraux. Il y avait aussi dans son passé une terrible nuit, c’était celle où il fit arracher de leurs lits les chefs les plus aimés de l’Armée, les CAVAIGNAC, les CHANGARNIER, les LAMORICIERE et tant d’autres dont les noms sont inutiles à rappeler. Ces vaillants capitaines avaient bien mérité de la patrie. Ils représentaient l’armée nationale, leurs noms se rattachaient à la conquête de l’ALGERIE, ils avaient vaincu l’émeute dans les rues, ils souffraient de leurs blessures, et cependant, on les emprisonna sous un prétexte politique. Nous ne jugeons pas ici le coup d’Etat ; un grand nombre d’hommes en FRANCE ont toujours pensé que ce coup d’Etat est le plus grand service que LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE eut rendu au pays. Quelques heures plus tard, lui-même aurait été emprisonné à VINCENNES, quoiqu’élu par le peuple. Toutes les ambitions déchainées amenaient fatalement une sanglante orgie. La faute surtout fut de confondre des généraux illustres et honorés avec ces gens sans aveu, ennemis éternels de l’autorité. Ces généraux n’eussent pas entraîné un seul soldat. Leur arrestation fut le germe fatal qui conduisit NAPOLEON III à sa perte. Il ne put remplacer ces généraux frappés dans la force de l’âge, à l’heure où l’homme est dans sa toute puissance. Pendant cette marche funèbre qui le conduisit de CHALONS à SEDAN, l’Empereur reporta sans doute sa pensée sur cette nuit de Décembre où il avait décapité l’Armée. Il entendit des voix lointaines qui murmuraient : « Varus, rendez-moi mes légions ». L’une des victimes apparut sous les traits d’un vieillard. C’était CHANGARNIER. Tous les autres étaient morts silencieux et solitaires. CHANGARNIER apportait à l’EMPIRE une épée que la main d’un Prussien ne touchera jamais… Nous croyons peu à ce qu’on nomme le « hasard » et que personne ne définit ; mais nous avons une foi complète dans « le doigt de DIEU »… L’attitude rêveuse de NAPOLEON III, sa démarche lente, son doux sourire lui donnaient un aspect oriental. Un charme profond, irrésistible attirait vers lui les plus indifférents. Sa voix grave, métallique, ne se précipitait pas en phrases rapides. Cette voix, malgré le léger accent allemand qui le distinguait, avait des notes pleines de charmes ; on écoutait, et la séduction était certaine. Jamais il n’avait habité l’ORIENT, mais bien l’ALLEMAGNE, l’ITALIE, l’ANGLETERRE, la SUISSE. Il connaissait la philosophie allemande, les fourberies italiennes, l’aristocratie anglaise, la démocratie helvétique. Toutes ces expériences faites tour à tour, au courant de la vie, imprimaient un caractère étrange aux idées de NAPOLEON III. Il n’était pas forgé tout d’une pièce, et les éléments les plus opposés composaient sa nature. Venu en FRANCE lorsque ses opinions sur les hommes et sur les choses avaient toute leur maturité, il subissait cependant de continuelles surprises. Comparés auAllemands, nous étions bien turbulents ; les Anglais avaient plus de noblesse que nous. Les Suisses plus de bonhomie ; les Italiens plus de souplesse… Ce bagage intellectuel rapporté d’ALLEMAGNE, d’ANGLETERRE, de SUISSE et d’Italie, bagage mélange de faux et de vrai, ne fut malheureusement pas laissé à la frontière. Mais dans la grande patrie française, le Prince LOUIS-NAPOLEON devenait « NAPOLEON ». La Nation, espérant échapper aux révolutions, se mit franchement à l’œuvre. Depuis l’homme d’Etat jusqu’au plus humble des paysans, chacun salua la venue de l’éxilé. On plaça sur la tête la couronne tombée à WATERLOO, et dans sa main l’épée ramenée de SAINTE-HELENE. Il y eut des acclamations qui surprirent l’EUROPE et causèrent quelqu’émotion à la vue de l’aigle d’AUTERLITZ, mais la confiance entra dans tous les cœurs, lorsque à BORDEAUX le futur Empereur fit entendre cette promesse : « L’EMPIRE, c’est la paix ! ». Après avoir fait entrevoir cette grande figure que nous avons vu de près en des circonstances très diverses, nous allons rappeler les principaux événements de la vie de NAPOLEON III. Mais aux idées qui précèdent nous devons en ajouter quelques autres. Le Prince était plus familier, plus confiant avec le militaire que sous le regard méfiant et soupçonneux de ses ministres et de ses hommes d’Etat. Peut-être ceux-ci savent-ils mieux que nous les défauts et les faiblesses de NAPOLEON III, mais ses qualités ne s’exerçaient pas toujours devant eux. Nul homme ne fut plus généreux et plus compatissant. Dans un ouvrage attribué à un diplomate, et qui a pour titre « Le dernier des NAPOLEONS » se trouve un jugement d’autant plus précieux qu’il ait prononcé par un ennemi impitoyable : « NAPOLEON III n’était ni une âme cruelle ni un cœur ingrat. Il a semé autour de lui, à pleines mains, les bienfaits et comblé de témoignages de bonté et de reconnaissance tous ceux qu’il ont connu, qui l’ont suivi. Il suffisait de lui indiquer une infortune pour qu’elle fût soulagée. Sa bonté allait jusqu’à la faiblesse… Il n’était jamais sourd à la voix de l’infortune, mais les fiers et les discrets tombaient dans l’oubli. En un mot, il fallait demander… NAPOLEON III aimait à plaire. Il avait pour la popularité malsaine un goût qui s’accordait mal avec ses instincts de grand seigneur. Ce désir de plaire lui enlevait tout caractère impératif ; il ne donnait pas un ordre à voix haute et ferme, il ne tranchait point une difficulté sans louvoyer, en un mot il craignait de blesser. Nous ne parlons ici que du Souverain et non de l’homme privé dont nous respectons la demeure, dont le foyer nous est sacré. Nous pouvons cependant ajouter que l’Empereur était profondément aimé de ses serviteurs. Nous n’entendons pas le mot serviteur ni la maison militaire, ni la maison civile ; celles-ci forment l’entourage. On a singulièrement grossi l’influence de cet entourage. Chacun ayant, à la Cour, sa propre fortune à soigner, ne s’occupait ni du prochain, ni de la politique, et négligeait même les intérêts dynastiques. L’Empereur était pour son entourage d’une bonté et d’une politesse extrêmes ; de son côté, l’entourage entourait Sa Majesté de soins minutieux exigés par l’étiquette la plus sévère… Dans cette Cour égoiste et frivole se trouvait quelques hommes de cœur, dévoués au Souverain en amis véritables et non en courtisans. Parmi eux, le plus digne, le plus loyal, le meilleur était FLEURY tant calomnié, même par ceux qu’il avait défendus. FLEURY faisait parvenir la vérité jusqu’à l’Empereur, en choisissant son jour et son heure. Combien d’erreurs n’a-t-il pas réparées ? Combien de victimes n’a-t-il pas consolées ? Aussi les ennemis du Général FLEURY furent-ils les ministres, qui vainement tentèrent de le perdre dans l’esprit de NAPOLEON IIII. Lorsque la guerre de 1870-1871 fut déclarée, le général FLEURY était ambassadeur en RUSSIE, et son absence fut un immense malheur. George SAND qui s’y connaissait en beau style, a dit que NAPOLEON III était un grand écrivain. En effet son style ferme, élevé, sobre se distingue par une clarté merveilleuse. Le choix des expressions est toujours heureux, et souvent la phrase s’élève jusqu’à la grande éloquence des XVIIème et XVIIIème siècles. Ces harangues sont d’une beauté incontestable et ont réveillé, dans les masses, plus d’un noble sentiment. Il était moins heureux sous le rapport de l’éloquence ; aussi lisait-il ses discours, même dans les circonstances ordinaires. Lecteur habile, il savait d’une voix sonore s’emparer de l’attention et dominer ses auditeurs… Aux réceptions des TUILERIES, NAPOLEON III ne laissait rien à désirer. D’une suprême dignité, affable, bienveillant, le Souverain parlait à chacun son langage. Il avait assez de science pour satisfaire les savants, savait plaire aux gens de lettres par d’heureuses citations, flattait les artistes en rappelant les chefs d’œuvre, disait aux gens de guerre leurs prouesses, et n’oubliait pas la gravité voulue pour parler à la magistrature. Il réservait pour les hommes du monde les traits d’esprit et les fins sourires… L’Empereur savait écouter patiemment. Il adressait parfois une objection, mais n’insistait que rarement. On se retirait sans connaître l’opinion du Souverain… La mort moissonna ceux qui avaient fondé l’EMPIRE. Ils laissèrent autour de NAPOLEON des vides promptement remplis par les intrigants sans capacité, sans dévouement, toujours prêts à se vendre au plus offrant. Pendant que des fortunes scandaleuses s’élevaient autour de l’Empereur, celui-ci restait pauvre. Il donnait avec une libéralité sans mesures et sans bornes. Il avait surchargé sa liste civile de pensions, de secours, de dons personnels qui honorent son cœur. Il employait en outre des sommes importantes à des acquisitions artistiques pour les musées, à des améliorations agricoles, à des fermes modèles, avec une généreuse impulsion pour le bien public… Le 15 Juillet 1870, le Parlement français décréta une nouvelle guerre. La PRUSSE était prête et nous ne l’étions pas. On chanta « La Marseillaise » sur les théâtres de PARIS, tandis qu’à BERLIN on organisait la campagne de FRANCE. L’Empereur, souffrant, désillusionné, partit avec une sorte de tristesse ; il était en proie à de douloureux pressentiments, et se sentait mal à l’aise dans son Empire libéral. Cette entrée en campagne prenait un caractère révolutionnaire effrayant pour les gens de guerre. Ainsi, non seulement le personnel et le matériel manquaient, mais encore le côté moral disparaissait. L’Empereur dut éprouver un cruel désenchantement en reconnaissant enfin que ses ministres de la Guerre, les VAILLANT, les NIEL, les RANDON l’avaient odieusement trompé. Oui, NAPOLEON III se souvint que ses propres serviteurs s’étaient joints à l’opposition politique pour l’entourer de mensonges. Pendant que les ministres de la Guerre répétaient à l’envi : « Nous sommes prêts «, M. Jules SIMON disait à la Chambre : « Le projet demande une force armée de 1 200 000 hommes. J’insiste sur l’énormité de ce chiffre… la loi qu’on propose est surtout mauvaise parce qu’elle constituera une aggravation de la toute puissance de l’Empereur… ». De son côté, M. Ernest PICARD faisait retentir les échos de la tribune de ces paroles : « Par quelle aberration le gouvernement peut-il songer à chercher les forces de la FRANCE dans l’exagération du nombre d’hommes ? Notre amendement porte la suppression absolue des armées permanentes et leur remplacement par les Gardes Nationaux ». M. Eugène PELLETAN disait de son côté : « Le militarisme est une plaie… Une invasion est-elle possible ? On s’indignerait si je formulais une prévision semblable et on aurait raison « . Jules FAVRE ne voulait pas être en reste : « Qu’est-ce que je lis dans les documents officiels ? Qu’ils faut que la FRANCE soit armée comme ses voisins ? J’avoue, Messieurs, que ma conscience se révolte contre une pareille proposition. Nos véritables alliés sont les idées… La Nation la plus puissante est celle qui peut désarmer ; donc, rapprochons-nous sans cesse du désarmement « . Puis venait GARNIER-PAGES, pour dire : « Qu’est-ce que la force matérielle ? Quelle puissance vous auriez si vous vouliez avoir confiance dans le peuple et dans la liberté ! Le budget de la Guerre nous mène à la banqueroute. C’est la plaie, c’est le chancre qui nous dévore ! »… Toutes ces sottises se débitaient trois ans avant la guerre, et les ministres y répondaient en répétant : « Nous sommes prêts « . L’Empereur, qui entrevoyait vaguement la vérité, comprit enfin que le parlementarisme et le patriotisme étaient contraires l’un à l’autre. Ces discussions solennelles, retentissantes, trouvaient de l’écho en ALLEMAGNE. En prenant congé du Sénat, l’Empereur dissimulait à peine son découragement : « Nous commençons une lutte sérieuse ; la FRANCE a besoin du concours de tous ses enfants « (17 Juillet 1870). Enfin, l’Empereur quitta SAINT-CLOUD avec le Prince Impérial et alla s’établir à METZ au milieu de ses soldats. On crut à une soudaine entrée en campagne, mais, hélas ! il n’y eut qu’agitation, impuissance et récriminations. Bientôt l’EUROPE surprise apprit qu’à FROESCHWILLER et à FORBACH, les soldats de la FRANCE étaient vaincus… L’Empereur courba la tête. Sombre, accablé, il demeura inerte et muet. Désormais, ce n’est plus le Souverain d’un grand peuple marchant à la tête de ses armées. NAPOLEON III, enfermé dans sa voiture, accompagne le Maréchal de MAC-MAHON. La politique lui interdit tout retour vers la capitale. D’ailleurs il a nommé une régence qui gouverne. Il n’est plus général, et les soldats qui le rencontrent n’ont plus un cri pour saluer leur chef… L’Empereur avait montré son courage en plusieurs circonstances ; à SEDAN même, quoique souffrant, on l’avait vu à cheval parcourant silencieux le champ de bataille. Mais si le courage n’était pas éteint, le feu sacré ne brûlait plus. Le moral s’évanouissait, brisé par la douleur. Quelles sanglantes visions durent agiter son âme à l’heure terrible de la chute ! Sa vie, tant troublée au début, lui apparut-elle avec ses rêves de grandeur ? Revit-il les géôliers de HAM et la fuite romanesque ? DIEU lui envoya-t-il les glorieux souvenirs de l’Empire, SEBASTOPOL, MAGENTA, SOLFERINO ? Les cris d’enthousiasme d’une foule en délire frappèrent-ils ses oreilles ? Nul ne saura jamais ce que souffrit ce malheureux Empereur, que ses ministres et ses courtisans précipitaient dans un gouffre sans fond. Et nous, spectateurs de cette chute, nous courbions la tête devant l’implacable destin. Nous avions vu tomber des couronnes, mais non pas entourées de milliers de soldats. Autrefois ces soldats nous étaient apparus aux revues solennelles, magnifiques et pleins d’ardeur. Devant le front des régiments, au son des tambours et des trompettes, l’Empereur passait au galop de son cheval, la tête haute, le regard fier, suivi d’un brillant état-major. Et maintenant, il est seul errant sur le champ de bataille, suppliant la mort qui ne veut pas couronner sa carrière, en le frappant comme un capitaine. Dans l’une de ses revues, on avait vu NAPOLEON III suivi du Roi de PRUSSE, de l’Empereur de RUSSIE, des Princes de SUEDE, d’AUTRICHE, et de tout ce qu’il y a de plus élevé dans ce monde ; le soir, les salons de son palais brillaient de mille feux et l’on pouvait dire qu’il se promenait dans sa gloire. Quelques années à peine se sont écoulées, heureuses en apparence, et tout s’écroule autour de cet Empereur flatté jusqu’à la bassesse ! Seul dans un fauteuil de la sous-préfecture de SEDAN, sous un toit brisé par les obus, entourés de morts et de mourants, il remit son épée à un aide-de-camp chargé de la déposer aux mains du Roi de PRUSSE ! … Après un règne de longue durée, NAPOLEON III a perdu sa couronne. Il a laissé en France des souvenirs populaires. Les fautes commises n’effacent pas le souvenir des bienfaits. Il aima le peuple et les ouvriers. Sa bonté, quelquefois aveugle, fut toujours immense. Nul ne fut plus que lui trompé par un entourage avide, jaloux, égoiste et sans cœur. Mais pour juger froidement et sainement l’Empereur NAPOLEON III, il faut porter ses regards sur le Prince LOUIS-NAPOLEON, Président de la République, avant l’arrivée des courtisans. Alors la FRANCE saluait sa venue. Il promettait de maintenir la paix et de combattre la Révolution. Que n’a-t-il été fidèle à ses promesses ? NAPOLEON III est mort à CHISLEHURST (Angleterre) le 9 janvier 1873 ».