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"SOLDAT"

« SOLDAT » par le colonel Joachim AMBERT, commandant le 2ème régiment de dragons, 710 pages (1854) dédié à S.M. l’Empereur NAPOLEON III – 33 chapitres – réédité en 1846.

« Dédicace

« Votre Majesté a daigné accepter la dédicace de ce livre, que protégeait aux yeux de l’Empereur son titre de SOLDAT. Il parle de la vertu militaire et de la grandeur militaire. Un seul mot, -le mot Empire- résumerait toute la pensée de l’ouvrage. Cette pensée est la nôtre depuis longtemps. impériale. Nous l’avons fait en des temps éloignés déjà, et lorsqu'il y avait quelque courage à protester du sein de l'Arméeiés déjà, et lorsqu’il y avait quelque courage à protester du sein de l’Armée, par le mot EMPIRE, contre des tendances qui abaissaient le principe militaire. Votre Majesté permettra au colonel de reproduire ce que le capitaine écrivait il y a près de vingt ans. Ce sera la dédicace d'une oeuvre qui n'a d'autre valeur que d'être un écho souvent fidèle des sentiments de l'Armée :

 

 

DRAPEAU

EX-LIBRIS "HONNEUR ET PATRIE" RATTACHER LE PRESENT AU PASSE POUR PREPARER L'AVENIR
EX-LIBRIS "HONNEUR ET PATRIE" RATTACHER LE PRESENT AU PASSE POUR PREPARER L'AVENIR

… Le drapeau n’a pas, comme on pourrait le croire, une destination tactique ; il n’est pas un centre ou pivot de manœuvres. Il est plus qu’un ralliement militaire, plus qu’un insigne politique, plus qu’une distinction nationale. Qu’est ce donc que le drapeau ? Si vous n’avez au cœur des croyances, si votre âme est muette, si votre esprit rejette la foi, vous ne le comprendrez jamais. Le drapeau est le clocher du village ; il abrite le régiment ; on vit sous son ombre, et sous son ombre on meurt. Dans ses plis glorieux, il renferme l’honneur du corps, l’honneur de la FRANCE. Il est le point lumineux où se rencontrent tous les regards ; loin de la famille et de la patrie, il rappelle la famille et la patrie ; il est la relique du régiment. Abandonner le drapeau, le trahir, serait plus que honte et lâcheté, ce serait sacrilège. Des générations de soldats sont passées sous le drapeau du régiment et se sont légué comme un pieux héritage cette part de l’honneur national. « Ce n’est qu’un préjugé « disait un philosophe, et je ne vois là qu’un bâton orné de soieries et de dorures » Gardez-vous bien d’enseigner de tels blasphèmes au simple et brave soldat qui, sur les vagues amoncelées de l’Océan, au milieu des boulets et de la mitraille, cramponné au grand mât du navire qui va s’engloutir, embrasse le saint pavillon de la patrie à deux mille lieues des rivages de FRANCE. Gardez-vous bien d’enseigner de tels blasphèmes au soldat mutilé qui, tout sanglant, s’ensevelit dans son drapeau et meurt plutôt que de le voir tomber aux mains de l’ennemi. Les croyances sont saintes ; elles font les grandes nations ; Elles développent la nature humaine ; elles seules, au milieu de la civilisation moderne, des immenses doutes des sociétés, des épouvantables défaillances publiques, peuvent sauver les empires… Rien dans le monde matériel ne saurait donner une idée du drapeau ; rien dans la cité ne saurait lui être comparé . Le drapeau reçoit des honneurs que ne reçoivent ni généraux, ni princes, ni potentats… Le drapeau est une des plus grandes institutions de l’Empereur NAPOLEON Ier. Cette institution se rattache par des liens mystérieux, invisibles pour le vulgaire, à toutes les grandes institutions des premières années du XIXème siècle. A ces hommes si divers qui composent une armée, hommes venus de pays lointains, parlant vingt langages, professant plusieurs religions, appartenant à des races tranchées, les uns doctes, les autres ignorants, tous tendant à se désunir par l’intérêt individuel, par les passions ; à tous ces hommes sans foyer, sans famille, sans richesses, sans territoire, sans église, sans berceaux et sans tombes, il fallait un lien presque céleste qui pût réunir en faisceau les corps et les cœurs, parler à tous la langue universelle des âmes… Lorsque, après une lutte héroique, la FRANCE, accablée par l’EUROPE, tombait épuisée, l’Empereur NAPOLEON crut devoir s’immoler. Avant de s’éloigner de cette FRANCE qu’il aimait tant, de ce peuple qu’il avait fait si grand, de ces palais, de ces monuments, de ces villes, de ces corps politiques, de toutes ces choses qui avaient été l’œuvre de sa vie, NAPOLEON voulut adresser un dernier adieu à la patrie. Alors il prit un drapeau de la main d’un soldat, et, d’une voix émue, le drapeau sur le cœur, il s’écria : « N’abandonnez pas notre chère patrie, trop longtemps malheureuse. Aimez-la toujours, aimez-la bien cette chère patrie ». Je ne sais si, dans toute la vie de l’Empereur, il fut un moment plus beau que celui-là. Cet homme si prodigieux est entouré de soldats, c’est-à-dire de paysans, laboureurs, fermiers, vignerons, qui pleurent comme des enfants, et lui, le héros, pleure aussi, en embrassant le drapeau criblé de balles, mutilé, noirci de poudre, sanglant.


COMMANDEMENT OBEISSANCE

BELFORT, 16 décembre 1853

« On ne doit jamais se lasser d’être juste et de faire le bien, quelles que soient les déceptions que nous puisse causer l’ingratitude des hommes. Etre juste et faire le bien sont les premiers devoirs que la société nous impose ; et, en outre, il arrive bien souvent que la reconnaissance d’un seul nous dédommage et au-delà, de tout le mal qu’aurait pu nous causer l’ingratitude des autres » (Etudes sur l’Art de la Guerre, par un officier général russe)

NAPOLEON eut le fluide impératif au suprême degré. Il le devinait chez les autres , et les appelant à lui, il les plaçait à la tête des foules politiques, littéraires, industrielles ou militaires. Les historiens ont généralement traduit ce grand fait moral par une expression vulgaire et physique, en disant que l’Empereur s’appuyait sur les hommes robustes et résistants. Les historiens n’ont saisi que le côté visible ; ils voyaient la massue d’HERCULE, tandis que le fluide impératif leur échappait. Le grand FREDERIC. CONDE, TURENNE, étaient, comme NAPOLEON, embrasés de ce fluide, et cependant ces génies avaient entre eux peu de ressemblance de corps, de mœurs ou de langage, ce qui prouve que le fluide impératif n’a rien de terrestre, rien d’humain, et qu’il agit mystérieusement dans un monde inaccessible aux calculs. Lorsque l’Empereur NAPOLEON passait au galop de son cheval au plus fort des batailles, les blessés, les mourants, oubliant leurs tortures, se soulevaient de terre pour jeter au milieu des boulets et de la mitraille ce dernier cri, ce sublime adieu : Vive l’Empereur ! C’était le fluide qui agissait. Lorsque CONDE sommeillait au bivouac, l’armée entière faisait silence, et tous les soldats se découvraient pieusement quand TURENNE priait DIEU…Une armée est toujours plus ou moins atteinte du mal de son époque. Or, le journalisme hargneux ou de mauvaise foi, la tribune dissolvante, les calculs égoistes, le culte des intérêts matériels, le charlatanisme philanthropique, le libéralisme, en un mot, ont fait l’EUROPE bien malade depuis trente ans et plus, en détruisant les croyances, en sapant toutes les bases de l’autorité, en méconnaissant toute la grandeur du moral. L’armée était trop vigoureusement constituée pour ne pas résister à ces fléaux qui ont tout emporté, hormis le principe militaire. Cependant il a fallu la sainte discipline pour préserver les armées de ce cataclysme social. L’honneur en revient au commandement militaire, qui repose sur la sublime base de la hiérarchie et de l’avancement progressif. Michel MONTAIGNE disait que pour commander il fallait avoir du « rein ». Les anciens voulaient au commandement militaire de la force, de la vigueur. Ils caractérisaient cette force par les mots : « Vim Caesaris » la force de CESAR. Un prêtre, l’abbé LACORDAIRE, emploie une expression qui me plait, lorsqu’il s’écrie que pour commander il faut avoir le « fluide impératif ». En effet, l’homme qui commande doit être obéi naturellement, comme si un fluide émané de son cœur s’emparait des cœurs. Est-ce le caractère qui est le plus ferme ? L’intelligence qui est plus vaste ? L’esprit qui est plus étendu ? – Non. Mais celui qui sait commander a le fluide impératif. DIEU l’a créé pour l’autorité. NAPOLEON eut le fluide impératif au suprême degré. Il le devinait chez les autres, et les appelant à lui, il les plaçait à la tête des foules politiques, littéraires, industrielles ou militaires. Les historiens ont généralement traduit ce grand fait moral par une expression vulgaire et physique, en disant que l’Empereur s’appuyait sur les hommes robustes et résistants. Les historiens n’ont saisi que le côté visible ; ils voyaient la massue d’HERCULE, tandis que le fluide impératif leur échappait. Le grand FREDERIC, CONDE, TURENNE, étaient, comme NAPOLEON, embrasés de ce fluide, et cependant ces génies avaient entre eux peu de ressemblance de corps, de mœurs ou de langage, ce qui prouve que le fluide impératif n’a rien de terrestre, rien d’humain, et qu’il agit mystérieusement dans un monde innaccessible aux calculs. Lorsque l’Empereur NAPOLEON passait au galop de son cheval au plus fort des batailles, les blessés, les mourants, oubliant leurs tortures, se soulevaient de terre pour jeter au milieu des boulets et de la mitraille ce dernier cri, ce sublime adieu : Vive l’Empereur ! C’était le fluide qui agissait. Lorsque CONDE sommeillait au bivouac, l’armée entière faisait silence, et tous les soldats se découvraient pieusement quand TURENNE priait DIEU. .. Je pourrais multiplier les exemples et rappeler aux hommes de nos jours la verte vieillesse du maréchal SOULT, dont le regard, si doux d’ordinaire, imprimait, quand il le voulait, ce mouvement électrique qui fait tressaillir comme le passage d’un boulet de canon. De ce fluide impératif, DIEU n’a pas été prodigue ; mais il en a mis quelques étincelles au cœur des armées… Modérer les ardents, encourager les timides, soutenir les faibles, prévenir le mal, récompenser le bien, surveiller chacun sans offenser personne, ramener celui qui s’écarte, assouplir les forces, les unir, les coordonner, les diriger vers un même but, et parfois, comme ALEXANDRE, trancher du fer le nœud qui ne se peut délier, tels sont les premiers devoirs du colonel. Pour la gloire du pays, le colonel est constamment préoccupé de la conservation de l’esprit de corps. Il entretient ces nobles sentiments militaires, feux sacrés qui illuminent le drapeau, symbole de cette part d’honneur national remise aux mains de chaque régiment. Dans l’intérêt de la force nationale, le colonel augmente sans cesse la puissance de son régiment par le travail, qui transforme le paysan en soldat, et prépare la victoire par l’instruction. Enfin, la fortune publique est aussi confiée au commandement militaire, dont l’administration est si pure, qu’elle suffirait à notre considération. Cet honneur du pays à conserver, cette force nationale à augmenter, cette fortune publique à employer, ces alternatives de préoccupation morale et de soucis matériels, et, par-dessus tout, cette « charge d’âmes » absorbent la vie entière du commandement militaire… Votre vie est dans ces deux existences de sacrifices. N’oubliez pas que le pouvoir n’a point le caractère de domination, mais de service public. Considérez donc votre chef comme l’interprète de la loi, le représentant de la justice. Sachez qu’il travaille et obéit comme vous travaillez et obéissez ; sachez que son obéissance, de plus que la vôtre, est entourée d’un lien invisible pour vous qui est la responsabilité : responsabilité envers la conscience, responsabilité envers le chef de l’Etat, responsabilité partout et toujours, depuis le maréchal de FRANCE qui livre une grande bataille, et que l’Histoire jugera, jusqu’au colonel qui nomme un caporal, et que l’inspecteur général jugera…Dans le commandement, , n’oubliez jamais cette devise : « Fais ce que dois, advienne que pourra « . Dans le commandement comme ailleurs, plus qu’ailleurs, peut-être, il y a des dégoûts, des malheurs, des douleurs –car l’ingratitude en produit- mais un grand cœur les dévore et les méprise. Quelques-uns parlent sans cesse d’injustice ou de défaveur. Bien à plaindre serait celui qui n’éprouverait jamais l’infortune ! Un tel homme ne se connaitrait pas et pourrait toujours ignorer sa valeur réelle. Les souffrances, a dit M. de MAISTRE, sont pour l’homme ce que les combats sont pour le militaire ; elles le perfectionnent et accumulent ses mérites… L’homme toujours heureux s’endort. Rien ne tient en éveil autant que la présence de l’ennemi, rien ne rend fort autant que la lutte. Observez la nature de l’homme constamment heureux, et voyez comme il est affaibli. Vous ne trouverez là ni un relief, ni une teinte vigoureuse. Voyez les hommes qui surgissent dans les circonstances historiques, les hommes réellement forts, les hommes réellement hommes : ils ont connu le malheur, éprouvé l’injustice ; ils ont été à l’école de l’infortune, cette vieille et bonne école, qui est au moral ce que l’exercice et la gymnastique sont au physique. Le malheur trempe l’homme, le feu trempe l’acier… Voyez les hommes qui, placés haut par la faveur, l’erreur, le caprice, la fortune ou l’intrigue, s’affaissent sous eux-mêmes aux heures périlleuses et difficiles ; ils ont été constamment heureux jusqu’à cette heure suprême, et le bonheur les a amoindris , comme la serre chaude amoindrit la plante. Regardez autour de vous, et dites si je me trompe. Bénissez donc un grain de malheur ; croyez que le malheur est l’éperon du destin, et quand vient le bonheur, saluez-le comme un ami qui passe et non comme un hôte éternel. Redoutez le bonheur trop constant, car il vous tend un piège. Le commandement exige de grandes vertus, de rares qualités. Il faut de l’ardeur sans emportement ; une fermeté d’âme que nul obstacle n’arrête, que nul péril n’épouvante, que nulle résistance ne lasse ; une vigilance que rien ne surprend ; une prévoyance à laquelle rien n’échappe ; une étendue de pénétration qui fasse rapidement envisager les choses sous tous leurs aspects ; une promptitude à prendre le meilleur parti ; une activité sans égale ; du courage, du sang-froid, de la modération, de la justice, de l’inflexibilité, de la bonté, complètent le chef militaire. Vous ne trouverez dans les armées que deux rôles à jouer : obéir ou commander. On doit se préparer au second par le premier, et ne voir dans ces deux rôles que l’accomplissement d’un service… Rappelez-vous que votre carrière est un métier pour les ignorants et une science pour les habiles gens, comme le disait un illustre capitaine. Rappelez-vous que le « cœur humain » joue le rôle principal en toutes choses militaires ; rappelez-vous que le « moral » est dans les petites aussi bien que dans les grandes occasions ; rappelez-vous que le colonel est le représentant du régiment, comme le souverain est le représentant du pays, suivant l’expression si vraie de NAPOLEON Ier… La vie militaire est un baume divin qui préserve l’âme, l’intelligence et le cœur de toute corruption ; la vie militaire est la flamme céleste qui purifie l’atmosphère de la vie morale ; la vie militaire est le feu qui trempe l’homme… Les empires se perdent par la tribune et se sauvent par le glaive.

 

COURAGE

« Dans les plus grands dangers, il n’y a point de compagnie qui vaille celle d’un grand cœur » (Charles-Emmanuel de SAVOIE)

« Les trois éléments qui font un peuple fort : les croyances, le patriotisme et le courage « (G. de C.)

On dit : Cet homme a du courage, et non : Cet homme a le courage. C’est que la civilisation moderne a fractionné le courage, l’a nuancé, divisé, subdivisé à l’infini. Il n’y a cependant qu’un courage. Il est ou n’est pas dans l’homme. Semblable à la serre chaude qui produit des fruits factices, la civilisation crée des vertus factices aussi. Comme ces fruits, ces vertus n’ont ni parfum ni saveur. Dans nos villes populeuses et industrielles, aux habitudes doctes et disertes, le même personnage à ses courages qui se modifient suivant l’intérêt, les circonstances, les temps, les lieux, le théâtre et les spectateurs ; il est vrai que l’âge et la santé exercent sur le courage une influence véritable. La jeunesse a son courage, actif, enfanté par la richesse du sang, entretenu par une chaleur intérieure, surexcité par une rapide circulation – L’âge mûr a son courage, fils de la force, de la raison et du devoir. – La vieillesse a le sien, froid, calme, passif, éclairé par l’expérience. Il y a aussi le courage du jour et le courage de la nuit ; le courage solitaire et le courage public ; le courage individuel et le courage collectif ; le courage conventionnel, qu’on pourrait nommer courage professionnel. Il y a, enfin, le courage des nations, des races, si l’on veut. Le courage d’un Arabe n’est pas celui d’un Français ; celui du Romain n’était pas le même que le courage du chevalier du MOYEN-AGE. Toutes ces qualités, apprises par la tradition, enseignées par l’éducation ou adoptées par le préjugé, ne sont pas le courage véritable. Le vrai courage vient de DIEU ; son siège est dans la conscience. DIEU en a doué la créature pour que la lutte fût possible ici-bas.Qu’est-ce donc que le courage ? « la faculté par laquelle s’accomplit le devoir ». Nous avons vainement cherché, dans les œuvres philosophiques ou historiques, la définition du courage. Nous hasardons celle-ci, que nous inspire surtout la vue des armées en temps de paix ; la vue des pouvoirs politiques en temps de crise ; la vue des sociétés civilisées aux heures fatales ou l’intérêt et la peur sont en présence. Hors du devoir, le courage ne saurait donc exister… Dans le suicide, il y a désespoir, fuite à la vue d’un danger, d’une souffrance, d’un sentiment cruel, évanouissement des forces, aberration, faiblesse produite par un trouble général, désertion au moment de la lutte, obscurcissement de l’intelligence, doute de l’âme, honte pusillanime, forfanterie, orgueil, maladie ; mais il n’y a pas de courage, parce qu’il n’y a pas accomplissement d’un devoir. En présence des divers courages convenus se trouvent des vices divers, variés aussi, et qui prennent, pour mieux tromper, mille formes et mille noms. Les mots peur ; lâcheté, crainte, timidité, expriment certainement des sensations différentes, mais prenant toute leur source dans la faiblesse, comme le courage prend sa source dans la force, toutes étant le manque au devoir, comme le courage est l’accomplissement du devoir…l’exaltation, phénomène physique produit par la foule, le tumulte, le mouvement, réagit fortement sur le moral. Le regard, le contact des corps, les voix humaines, exercent une sorte de fascination… Les pensées de PASCAL qui, au point de vue religieux, embrassent tout ce qui vient de l’âme, ne s’arrêtent même pas sur le mot courage. MONTAIGNE, qui pénètre aussi, mais au point de vue philosophique, dans les replis les plus cachés du cœur humain, ne dit rien du courage. Le mot « brave » est si nouveau dans son acception actuelle, que PASCAL l’employait pour signifier l’homme « bien mis «, lorsqu’il dit « Etre brave, n’est pas trop vain » (Pensée XIII, 1ère partie,art.VIII)…Hélas ! il en a été des réputations comme des fortunes : l’homme a voulu les acquérir en un jour pour en jouir plus longtemps. Les petites choses ont reçu de grands noms, et, pour la moindre vertu, il a fallu un piédestal. Ceux qui pâlissaient devant une lame d’épée ont imaginé le courage civil, tandis que ces caractères empesés, qui s’affaissent aux moindres tentatives hostiles, ont affirmé que le courage militaire est bien supérieur au courage civil, et que celui-ci est inutile sous l’uniforme. Mensonge que tout cela ! Il n’y a qu’un courage, dont les racines sont plus profond du cœur ; mais ce courage est rare. L’intelligence l’accompagne toujours, aussi bien que l’honnêteté, aussi bien que la bonté. Un méchant pourra être cruel, mais non courageux ; un malhonnête homme pourra être audacieux, mais non courageux ; un sot pourra oser beaucoup, mais n’aura pas le courage. Ce courage est aussi rare que le génie ; si le génie est une étincelle tombée sur l’homme des mains de la divinité, le courage est un rayon d’or que DIEU met au front de ceux qu’il place au-dessus des foules. Lisez l’Histoire, et dites combien d’hommes ont été toujours courageux à l’heure suprême ! Les écrivains parlent à tout propos de l’inconstance de la fortune et cherchent à expliquer ainsi ces chutes terribles, ces évanouissements de pouvoirs, qui du jour au lendemain font disparaitre les trônes et les dominations. C’est le courage qui a manqué ; nous en trouverions au besoin la preuve dans les circonstances qui précèdent ces chutes et ces évanouissements. Ces circonstances sont simples, faciles à prévoir, plus faciles encore à dominer ; mais il n’y a même pas lutte. On s’abandonne soi-même, sous prétexte qu’on est abandonné par la fortune. Le courage est plus qu’une qualité, plus qu’une vertu : il a un don céleste. Dans le monde, dans l’administration, dans l’armée, il se trouve grand nombre de personnages qui s’accordent réciproquement le titre d’hommes courageux. Les uns ont la fermeté, les autres la bravoure des armes ; il en est qui se sont habitués aux tumultes politiques ou aux fracas du champ de bataille ; mais, après dix ans d’épreuves, une triste journée vient où ces hommes faiblissent, lorsque les événements les entrainent sur le terrain qui n’a pas été celui de leur exercice habituel. Est-ce à dire que le courage ne sert que dans de rares et suprêmes circonstances ? Loin de nous cette pensée. Le courage, au contraire, est de tous les jours et de toutes les heures ; mais, en temps ordinaire, des vertus analogues le remplacent aux yeux du vulgaire. Tel homme s’est montré ferme, on l’a vu courageux. Tel autre a été téméraire, et sa témérité a passé pour du courage. Le véritable courage, celui de toute la vie, est l’application constante de cette antique devise : « Fais ce que dois, advienne que pourra ». Ce courage est donc d’un usage journalier ; par lui l’homme accomplit son devoir. Ce courage tient à la religion de l’âme plus qu’à la philosophie de l’intelligence… Le plus modeste des citoyens, celui qui exerce obscurément sa fonction publique, peut, à son heure, avoir besoin de courage… Les hommes vraiment courageux sont rares ; ils ont toujours un noble caractère, et toujours ils en appellent à leur conscience au lieu d’en appeler à leur intérêt. Il n’est pas de carrière où le genre de courage que le vulgaire a nommé courage civil, soit plus nécessaire que dans la carrière militaire. L’exercice du commandement est une application presque constante du courage. En effet, le commandement est souvent une résistance aux injustes volontés humaines, aux usurpations qu’il faut vaincre. Dans cette lutte, on plie comme le roseau où l’on résiste comme le chêne… Qu’est-ce donc que le courage ? Nous le répétons, c’est l’accomplissement du devoir, du devoir des jours ordinaires comme du devoir des journées historiques.

 

SOUVENIR DE LACORDAIRE :

« Pendant une des journées de l’an 1836, un silence solennel régnait sous les voûtes de NOTRE-DAME de PARIS. Des milliers d’auditeurs, émus, attentifs, troublés par les accents d’un frère prêcheur, retenaient leur souffle, étouffant ainsi jusqu’aux pulsations du cœur. Appuyé contre l’une des colonnes du vieil édifice, je voyais autour de moi, suspendus en quelque sorte aux lèvres du prêtre qui parlait, les plus grands et les plus doctes d’entre les hommes, les plus spirituelles d’entre les femmes, les plus expérimentés d’entre les vieillards, les plus distingués d’entre les disciples. Le frère prêcheur nous conduisait par le charme de sa parole dans cette sphère d’où l’âme, bercée sur les ailes de la religion, plane dans l’espace et voit au-dessous d’elle toutes les philosophies humaines. Le sujet de la conférence était : « Des moyens d’acquérir la foi ». Ces mots frappèrent mon esprit : « La science religieuse s’apprend par l’étude des phénomènes religieux. ». Le choc de cette pensée fut pour moi ce qu’est celui de l’acier sur la pierre qui le froisse : une étincelle brilla. J’étais sous l’impression douloureuse, mais voluptueuse en même temps, que donne une idée nouvelle perçant un nuage obscur et découvrant une large voie de lumière, lorsque les paroles formidables retentirent au-dessus de ma tête ; le prédicateur s’écriait : « Insectes d’un jour, perdus sous un brin d’herbe, nous nous épuisons en vains raisonnements ; nous nous demandons d’où nous venons, où nous allons… » Le brin d’herbe était la cathédrale de PARIS, basilique séculaire, immortelle par les arts, immortelle par la religion ! L’insecte d’un jour était cette société française, à jamais illustre par son savoir, par la splendeur de ses œuvres, par ses richesses et ses beautés ! L’abbé LACORDAIRE m’avait dominé. Le sentiment de l’admiration ne pouvait être porté plus loin.

 

LACORDAIRE MEMBRE DE L'ACADEMIE FRANCAISE
LACORDAIRE MEMBRE DE L'ACADEMIE FRANCAISE

J’ajoute une note personnelle en transcrivant un extrait de l’ouvrage « Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienne » du Père LACORDAIRE, paru pour la première fois en 1858. Ecoutons et méditons ces phrases … Or, pour nous, chrétiens, le fondement de toute espérance est dans la diffusion du royaume de DIEU et de sa justice, c’est-à-dire dans le progrès de la société des âmes, créée par DIEU aux premiers jours de l’homme, continuée par les patriarches, ravivée en MOISE, et qui a reçu de JESUS-CHRIST sa forme inviolable et dernière. D’autres compteront sur les découvertes de la science, ils tomberont en extase devant des machines qui diminuent le travail humain ou qui transportent le voyageur aux extrémités du monde avec une fabuleuse rapidité ; ils donneront au développement du commerce et de l’industrie ou aux perfectionnements de l’administration civile des noms tout empreints d’une admiration plus populaire que raisonnée ; pour nous rien de tout cela n’est l’ordre , parce que tout cela peut être corrompu, si remarquable que ce soit, par l’orgueil, l’avarice, la haine, toutes les passions, et ne servir qu’à leur préparer un épanchement plus vaste par des voies plus promptes ». Lacordaire avait écrit "Accomplir son devoir avec courage et simplicité est encore le chemin le plus sûr pour obtenir des hommes la justice d'une vraie admiration"

 

LE GENERAL ABATUCCI

Dans ses Mémoires, écrits à SAINTE-HELENE, NAPOLEON Ier a tracé, rapidement, mais d’une façon lumineuse, l’histoire de la CORSE. Puisant tour à tour aux chroniques de PHILIPPINI (archidiacre d’ALERIA, vivait au XVème siècle) aux histoires volumineuses de LAMPRIDI (il écrivait à ROME à la fin du XVIIIème siècle), aux Mémoires si divers publiés en TOSCANE et en ITALIE ; puisant surtout aux souvenirs de ses profondes études et aux traditions de l’antique maison qui le vit naitre, NAPOLEON Ier a résumé, d’une admirable façon, la vie de ce peuple que tant de peuples ont voulu conquérir. La nation corse, par des luttes séculaires, a cependant maintenu son indépendance jusqu’au jour où quelque vague souvenir de CHARLEMAGNE, son vieil empereur, l’a ramenée vers la FRANCE. Les Arabes d’AFRIQUE régnèrent longtemps sur la CORSE, et peut-être trouverait-on dans le sang du peuple de ce pays, ces étincelles qui rarement couvent sous la cendre, brûlent quelquefois, illuminent souvent. Aventureux et guerrier comme l’homme de l’ORIENT, poétique et fier comme l’homme de la BIBLE, le Corse, dans ses montagnes et sur ses rochers, conserve, au milieu de la civilisation moderne, un caractère étrange qui n’a besoin que d’heureuses circonstances pour produire l’héroisme… Ceci nous a toujours frappé dans la génération corse à laquelle appartenaient NAPOLEON, ABATUCCI et quelques autres encore. Leur enfance s’était écoulée au spectacle des efforts suprêmes de leur patrie ; ils avaient entendu d’énergiques, d’éloquentes protestations patriotiques ; ils avaient vu ces héros des dernières guerres, qui racontaient aux familles émues, les campagnes du baron de WACHTENDORF, du prince de WURTEMBERG, du Comte de BOISSIEUX, du maréchal de MAILLEBOIS. Enfants, ils avaient parcouru les champs de bataille ou les Corses venaient de vaincre les armées gênoises et suisses. Des noms chers au pays frappaient leurs oreilles : le vieux GIAFFERI, le chanoine ORTICONE, Hyacinthe PAOLI, CIANALDI, GAFIORO, lutteurs infatigables de la cause nationale… On était à l’année 1769. NAPOLEON BONAPARTE naissait. Un demi-siècle après, le héros disait à SAINTE HELENE (Mémoires de NAPOLEON, tome II) : « La révolution a changé l’esprit des Corses ; ils sont devenus Français en 1790 ». .. Non seulement dans la première jeunesse de NAPOLEON BONAPARTE, mais dans sa vie entière, on retrouve l’empreinte de cette robuste enfance des montagnes, de ce sang riche par l’air de la Méditerranée, de cet esprit ferme par l’éducation paternelle, de cette âme pure par les exemples de la mère, femme forte, de ce patriotisme ardent par les traditions insulaires, de ce mélange harmonieux de l’ordre et de la liberté par le souvenir des pâtres de la montagne et des nobles seigneurs leurs chefs. Tout NAPOLEON est dans sa naissance, dans son ile battue des tempêtes, dans son éducation, dans les luttes de ses débuts, dans les privations de ses premiers pas ; il était donc tout préparé pour son rôle. Son épée devait être l’épée de CESAR ; sa plume, la plume de MONTESQUIEU… Jean-Charles ABATUCCI, né à ZIVACO, dans l’ile de CORSE, le 15 novembre 1771, était fils de Jacques-Pierre ABATUCCI et de Marie-Ange DELLA COSTA… ABATUCCI était exceptionnel non seulement par son instruction, mais par sa tenue méditative (ces détails ont été donnés par M. CHOPIN d’ARNOUVILLE, ancien préfet, ancien conseiller d’Etat, qui fut le camarade et l’ami de collège de Charles ABATUCCI. Au reste cette notice est écrite d’après des documents entièrement inédits et des pièces officielles), la sévérité de son maintien, la gravité de ses paroles, et par sa religieuse exactitude à remplir ses devoirs. Il travaillait sans cesse ; les sciences, les arts, l’histoire, la géographie, le dessin topographique, l’artillerie étaient l’objet de ses études de prédilection. Il se livrait à des recherches sur le passé, comparait et prenait des notes sur ce qui le frappait dans la vie ou dans les livres. Assidu aux exercices, ABATUCCI ne prenait jamais part aux jeux et amusements des élèves. Pendant les récréations, on le voyait se promener seul et pensif dans une allée. Celui dont nous tenons ces détails allait parfois troubler la solitude d’ABATUCCI, et l’engageait à se joindre aux camarades dont il était aimé. Un jour, il répondit aux instances de M. CHOPPIN d’ARNOUVILLE : « Vos parents sont riches, mon ami, vous pouvez vous amuser ; mes parents ne le sont pas ; ils se privent pour mon éducation ; je connais mes devoirs envers eux ; je leur dois tout mon temps, pour arriver le plus tôt possible à ne plus être à leur charge »… ABATUCCI se trouvait dans sa tente avec FOY et quelques officiers ; il leur lisait le sixième chant de l’ENEIDE. A onze heures du soir un coup de canon se fait entendre ; tous se lèvent pour courir à leur poste ; ABATUCCI, sortant, répète à ses compagnons d’armes ce passage du poète latin, qui fut pour lui malheureusement prophétique : « Vous serez avec moi un des vengeurs de la patrie, ou, si la valeur ne nous offre aucun moyen de salut, nous succomberons ensemble »… Il expira le lendemain 2 décembre 1796 ; ses dernières paroles furent « Pour la patrie ! ». ABATUCCI venait d’atteindre sa vingt cinquième année. Sa mort rappelle celle de MARCEAU, perdu aussi pour l’armée et pour la FRANCE et pour la FRANCE à la fleur de l’âge ; celle de HOCHE, de JOUBERT et de tant d’autres, qui emportèrent dans la tombe les espérances et les regrets de l’armée…Nous pourrions citer encore une foule de lettres écrites par les généraux qui connurent ABATUCCI ; mais nous ne saurions résister au désir d’emprunter à une correspondance particulière ce passage adressée par le général de division AMBERT (père de JOACHIM AMBERT) au général de brigade OUDINOT, le 14 frimaire an V (4 décembre 1796) : « Le général ABATUCCI, dont tu sais sans doute la mort glorieuse, était mon véritable ami. Nous avions longtemps fait la guerre ensemble, et les plus grandes destinées l’attendaient, car peu d’entre nous avaient son instruction, son aptitude pour la guerre, son civisme et son courage. Il travaillait toujours, même sous la tente, et suivait avec la carte les mouvements de toutes les armées, dont il nous expliquait les opérations avec leur but et leur résultat. ABATUCCI était l’idole des troupes et s’est toujours montré humain pour l’ennemi. Nous sommes dans les larmes, et la patrie perd plus qu’on ne pourra te le dire. Nous espérions d’abord que la blessure ne serait pas mortelle, mais il a expiré dans l’après midi »… les DESAIX, les MARCEAU, les HOCHE, les KLEBER, lesDELMAS, les LECOURBE, les ABATUCCI, et tant d’autres encore ont, en quelques campagnes, accompli des prodiges que l’Antiquité eut couronnés par d’impérissables monuments de gloire…Sans eux, la France serait depuis plus d’un demi-siècle rayée de la carte de l’EUROPE ; la FRANCE serait tombée sans gloire, noyée dans son sang, sous les coups de l’étranger. C’est donc à ces chefs de nos premières armées nationales que nous devons notre existence, notre honneur, nos fortunes, nos gloires de l’EMPIRE , et cette liberté civile, cette égalité légale qui font de la France la première nation de l’Univers. Combien de fois, depuis leur mort, dans ses jours de douleur, dans ses jours de dangers, la FRANCE n’a-t-elle pas regretté ces hommes antiques qui savaient souffrir et mourir pour la patrie. Aux heures sinistres des révolutions de carrefour, les vieillards ont du se souvenir de ces jeunes hommes que DIEU  avait marqués du doigt pour le salut des peuples. Ils ont fait peu de bruit en passant sur la terre ; ils sont tombés sans laisser de richesses après eux ; mais que ces existences si courtes, ces morts si promptes soient un grand exemple pour les armées et pour les citoyens ! Qu’en jetant les yeux sur le monument où s’inscrira le nom d’ABATUCCI , on se souvienne que l’étude, la méditation, la vertu, le courage, l’amour du pays, ont sauvé la FRANCE épuisée, trahie, déchirée par les mains de ses enfants, enserrée dans le cercle de fer de l’étranger ! Un monument à la mémoire du général ABATUCCI n’est pas une tardive récompense de ses services, encore moins un mausolée pour ses cendres ; ce monuments est pour nous tous, ce que sont, au milieu du désert, les pierres amoncelées qui indiquent au voyageur égaré la route qu’il doit suivre. »

 

STATUE DU GENERAL ABATUCCI A AJACCIO
STATUE DU GENERAL ABATUCCI A AJACCIO

PAYSAN et SOLDAT

… Et c’est là qu’est mon cœur,

Ce sont là les séjours, les sites, les rivages

Dont mon âme attendrie évoque les images,

Et dont pendant les nuits mes songes les plus beaux,

Pour enchanter mes yeux composent leurs tableaux !

( LAMARTINE, 2ème Harmonie )

… « Une vertu domine toutes les autres. C’est le patriotisme. Sans cette vertu il n’existe pas de nationalité, les peuples ne sont que des agglomérations d’hommes dispersés par la première tempête comme le sable du rivage. Le patriotisme est si beau, si noble, si grand, si véritablement sain, qu’il fait pardonner les fautes et ferait même pardonner les erreurs politiques. Les Grecs et les Romains ont laissé d’éternels souvenirs parce qu’ils furent patriotes. Qui ne s’est senti transporté d’admiration, qui n’a été profondément ému, en lisant ces brûlantes pages d’Histoire ou la GRECE, ROME, Jeanne d’ARC, la CONVENTION sacrifient tout à la patrie ! Général Joachim AMBERT

LAMARTINE
LAMARTINE

OBSCURITE

« C’est un grand tort aux yeux des hommes que d’être un tableau sans

cadre, tant ils sont habitués à voir des cadres sans tableau »

( de SAINT MARTIN )

BYRON, le grand poète anglais, avait coutume, pour se mettre en veine, d’ouvrir un livre, le premier qui lui tombait sous la main : traité d’archéologie, roman, histoire, poésie, peu importe, il ne manquait jamais, assurait-il, d’y trouver son compte. .. Malheur à ceux qui n’ont jamais connu l’obscurité, malheur surtout à ceux qui, l’ayant connue, n’ont pas profité de ses bonnes et rudes leçons, amères souvent, mais bienfaisantes ! En nos temps de subites fortunes et de chutes rapides, qui donc est assuré de ne jamais s’asseoir au banc de bois des pauvres gens ? Qui donc est assuré d’avoir toujours pour réchauffer son cœur le rayon d’or de la fortune ? … DIEU nous a fait obscur, bénissons notre obscurité. Embellissons-la comme l’oiseau embellit son nid de mousse, de laine et de brins d’herbe. La mousse, la laine et le brin d’herbe seront les petites vertus ; le dévouement inconnu, le respect de l’autorité, la justice dans notre petit cercle, la paternelle bonté, la fermeté bienveillante, le courage quotidien. Ce sont-là qualités obscures qui font service à la FRANCE et procurent le calme de la conscience que les éclatants succès ne donnent pas toujours…Entre le monde physique et le monde moral, de singulières analogies se rencontrent. Ainsi l’œil de l’homme ne peut distinguer les objets dans l’obscurité qu’après un certain temps. Ce phénomène physiologique si simple se produit dans le monde moral. Les esprits habitués aux grandes clartés, c’est-à-dire éblouis par les vastes combinaisons, les immenses fortunes, les distractions vives et multipliées , ne savent plus distinguer ce qui se passe dans l’ombre. Comme aux enfants, l’obscurité leur fait peur. L’une des maladies sérieuses de notre époque est le désir insensé de paraître. Chacun veut bâtir un château au sommet des monts, près du soleil ; nul ne veut planter sa tente dans la modeste obscurité de la vallée. Ce mal a moins atteint l’armée que la société civile, et cependant, à force de lever la tête pour admirer les statues colossales des maréchaux de FRANCE, d’humbles serviteurs ont éprouvé des éblouissements. Peut-être ne nous dit-on pas assez qu’en jetant les yeux autour de nous, souvent même en les baissant vers la terre, nous apercevrions des choses belles, pures, nobles et pleines de réelle grandeur, car le sacrifice est aussi glorieux que le succès, le devoir est aussi saint que le droit… Le sous-lieutenant ou le sergent qui montent obscurément leur garde dans la dernière cité de FRANCE, accomplissent un devoir immense, sans lequel tout ce qui vit de sécurité cesserait d’être à l’instant même. Cette garde montée enfante l’ordre, et l’ordre donne naissance aux bonnes lois, aux bonnes mœurs, aux œuvres intellectuelles, aux prospérités matérielles. Pourquoi d’ailleurs l’obscurité serait-elle un tourment pour celui qui n’en peut sortir ? Se croit-il humilié ? Mais qu’il sache donc que l’homme obscur est plus souvent homme inconnu qu’homme incapable. A l’heure où il y songera le moins, un rayon lumineux peut éclairer son obscurité. L’histoire ancienne, aussi bien que l’histoire moderne, n’est guère autre chose que la venue de personnages obscurs sur des théâtres où ils n’étaient pas attendus. Mais tout ceux qui ont largement accompli les grandes œuvres étaient préparés par l’obscurité au rôle que DIEU leur destinait. L’obscurité des débuts est donc une initiation et non pas un châtiment. Cela est si vrai que nous allons vu l’exil grandir les grandes natures. La religion elle-même sanctifie l’obscurité, lorsque les princes de l’Eglise, aussi bien que les simples prêtres, se condamnent à la retraite où l’âme se plonge dans le silence et la méditation qui purifient et fortifient. Les hommes obscurs, qui, malgré de véritables qualités, n’avancent pas, manquent souvent d’espace ; il ne faut donc pas s’abandonner au découragement. Au fier coursier, pour développer toutes ses facultés, il faut de vastes plaines ; l’écureuil, au contraire, tourne gracieusement dans une cage. Combien de fois n’avons-nous pas entendu dire dans les cercles les plus éclairés en apparence : « Les hommes manquent ! » Rien n’est cependant moins exact. Les hommes ne manquent pas et n’ont jamais manqué ; il faut seulement les savoir chercher et les savoir choisir. Ce fut le talent de LOUIS XIV et de NAPOLEON ; ils étaient grands et le devinrent plus encore par les choix qu’il surent faire.